L’association joncelloise Patrimoine Traditions & Culture a décidé de faire revivre le four municipal et a organisé pendant plusieurs années la fête du pain. Elle a demandé au propriétaire, Rémy Paillès la possibilité de le remettre en fonction. Rémy nous a donné son accord, fait déboucher la cheminée. Nous avons fait colmater une fissure puis, après nous être adressé à Christian, boulanger de Fonbine à l’époque, ce dernier nous a expliqué comment faire fonctionner le four. Quelle aventure, il fallait que ce soit comme avant. Quel travail ! Le four n’ayant pas fonctionné depuis plusieurs années, il a fallu mettre du bois à brûler à l’intérieur pendant 48h. A l’issue nous avons ôté les braises, passé une serpillière humide et mis à cuire une pizza afin de tester le four. Je peux même vous dire que l’odeur dégagée par la cuisson a fait venir du monde…
Le résultat s’avérant fort appréciable nous avons décidé de programmer un repas autour du four à pain puisque le but était de faire cuire le pain dans ce four pour accompagner le repas. Ce repas réservé exclusivement aux habitants de la Commune de Joncels a connu un grand succès. Nous l’avons organisé pour 200 personnes.


Nous avons appris qu’à l’époque quand le four fonctionnait le papa de Picou mettait à la cuisson en plus de leur miche un petit bonhomme en pâte à pain pour lui. Nous avons demandé à Christian de préparer les miches et d’ajouter un petit bonhomme en pâte à pain, ce qu’il a fait.

Nous l’avons remis à Picou le soir du repas, il en a été très ému. Le repas a eu lieu le 27 juillet 2002.
La veille il faut aller chercher suffisamment de bois pour assurer la fournée du lendemain. La mise en chauffe commence dès la tombée du jour. Certains veillent même pendant la nuit afin que les braises soient maintenues.
Entre temps, le maître boulanger, avec ses fidèles apprentis a commencé à préparer la pâte. Après avoir été battue, levée, rabaissée, travaillée pendant de longues heures, elle est, en fin de soirée prête à être installée dans la « maie » (ou le pétrin) maculée d’un drap blanc afin de trouver repos toute la nuit. Pendant que certains veillent et d’autres reposent, seule la pâte continue à faire, d’heure en heure son travail … elle lève … doucement mais sûrement.
Au petit matin, ayant doublé de volume la pâte est à nouveau travaillée. Le pain est façonné, mis sous forme de baguettes, de miches. Entre temps les villageois défilent pour s’assurer que tout se passe bien, que le four ne donne pas de signe de faiblesse, que la voûte prend un bel aspect blanchâtre, signe de chauffe suffisante pour recevoir la fournée. Les gens se retrouvent et se racontent.


L’Ami André Massot, accordéoniste du village enchante les cœurs, il joue et rejoue à la demande les vieilles rengaines de la musette, et tant de fameux morceaux aux souvenirs anciens…
Le four a chanté, il est l’heure de rentrer la fournée. Mais avant il faut nettoyer, retirer les cendres vivantes, passer un linge humide, rendre propre. On s’assure encore de la bonne température. Il paraît que le meilleur test reste celui du journal. Lorsqu’on présente une feuille de papier journal froissée dans le four à la voûte blanchie, il ne faut pas que ce dernier s’enflamme, sinon, c’est trop chaud, le pain va se saisir ! La bonne cuisson est fonction de la température du four.
Il faut donc surveiller…humidifier…tourner… « dispatcher », déplacer les miches et baguettes selon les recoins plus ou moins chauds du four…la croûte lève, dore, les odeurs de pain chaud envahissent la rue, attirant de plus en plus de curieux, les villageois, les visiteurs et les gourmands ! Chansons, rires et quelques verres de vin blanc ont permis d’attendre la fin de la cuisson ! Jusqu’au moment heureux où la cuisson achevée, de magnifiques miches dorées sortent dans les paniers sous les applaudissements qui honorent le travail bien fait.
Le temps d’un apéritif et le pain de l’année sera partagé, dégusté… il tarde d’y goûter et de savoir si cette année encore il a été réussi. Si tout l’amour apporté au son de l’accordéon pendant sa fabrication aura suffi à satisfaire les papilles du moment. Et alors ?



Chut ! on déguste… certains cherchent ce qui pourrait bien y manquer, du sel, une mie trop serrée, une cuisson un peu trop prononcée, une croûte pas bien dorée…et puis ! l’essentiel n’était-il pas dans le partage d’une journée, l’évocation de toutes ces années où, par le temps chaque famille venait cuire et chauffer, le défi d’avoir réalisé, participé et renoué avec ces belles traditions du passé. Nous avons vu des sourires radieux, des visages enchantés, une rue qui vivait le temps de ces fournées. Merci à notre boulanger regretté.
La fête peut commencer ! Sur la Ramade, plus de deux cent personnes attendent le repas et tous veulent goûter au « bon pain » qui a le goût du passé.
Le succès est garanti. Les organisateurs sont épuisés mais heureux d’avoir pu offrir une belle fête qui laissera de bons souvenirs.
Ghislaine Dhuime, Picou & Roseline Dumonceaud


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