L’enfant de Cabriérette

Je m’appelle Francis Guibert, dit Guibertou ou Cinil. C’est mon oncle Maurice qui m’a surnommé ainsi. Je suis né à Joncels, au Pradel, chez ma tants Elise, car mes parents vivaient à Cabrierette et ma mère craignait d’accoucher là-haut. Cabrierette, c’est la ferme de mes parents, un peu isolée, à plusieurs kilomètres du village.

J’ai grandi, libre comme l’air, dans ce coin de rêve, entouré d’animaux, moutons, vaches, volailles. Je ne m’ennuyais jamais. Ma passion, c’était d’aller à la forge tripoter les outils ; je rentrais à la maison sale comme un charbonnier.

A mes 6 ans, je suis parti en pension chez ma tante Elise, à Joncels, à la capitale ; il fallait bien aller à l’école ! Je n’étais pas toujours très sage, j’étais un peu fousic*. J’ai fait pas mal de bêtises dans le village avec les copains : Jean-Paul, Yvon, Francis, Jacques.

Minot, je participais au travail de la ferme, je conduisais le tracteur, je gardais les vaches. Je retrouvais mes cousins qui venaient passer les vacances chez nous. Quelles belles vacances, que de bons souvenirs…

A la naissance de ma sœur Aline, quant elle a eu l’âge de rentrer à l’école, c’est elle qui est restée chez ma tante Elise et je suis parti en pension, d’abord à Lodève puis à Saint Affrique.

Mes parents sont venus vivre à Joncels, et retour au bercail ; j’ai pu y passer mon certificat d’études. Ils descendaient les vaches par le chemin du carreau et elles passaient l’hiver à l’étable. Aux beaux jours, elles reprenaient le chemin de Cabrierette.

A la ferme, ma mère Odette, vendait le lait aux gens du village. C’était le défilé des pots au lait. Ce bon lait était apprécié par tout le monde. Il fallait voir la crème qui surnageait. Etalée sur des tranches de pain, elle faisait d’excellentes tartines dont nous avons perdu le goût.

Mon père Henri s’occupait de la propriété ; il cultivait des céréales et du foin pour le bétail. C’était un bon mécano, il pétassait* les outils ; j’ai bien appris avec lui.

A la fin de mes études au collège d’enseignement technique à Pézenas, je suis parti travailler dans une mine de plomb et de zinc pendant cinq ans. Le travail était pénible au fond, mais on était jeunes.

Mauricette arrive dans ma vie. Nous nous marions, car les mineurs en couple ont droit à un logement. Nous fondons notre famille. Avec nos deux enfants, Sébastien et Sonia, nous avons bourlingué à l’étranger où je travaillais sur de grands chantiers de construction de barrage, d’autoroute. Le petit gabach* de Cabrierette en a vu du pays. D’abord le Nigéria, puis l’Indonésie, l’Algérie ; en France j’ai participé à la construction de la pyramide du Louvre et enfin, l’Angola.

Nous rentrons au pays où je crée mon entreprise de terrassement à Saint George d’Orque.

Joncels, c’est mon port d’attache ! J’y retrouve ma famille, mes amis. L’hiver je chasse avec la diane du village, je suis de toutes les festivités, de tous les évènements. C’est là que se trouvent mes racines et j’y suis bien !

Francis Guibert avec la plume de Roseline Dumonceaud

Fousic* enfant très remuant, taquin 
Pétasser* arranger, rapetasser comme on le fait pour un pantalon
Gabach*  voir au début, dans l’avant propos du berger du Plô de Cambre

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