
Mon grand-père COURTES Georges était exploitant viticole. Dans les années 50-60 les cépages de Joncels ne produisaient qu’une horrible piquette à 6°-8° les bonnes années, que les villageois foulaient, pressaient et stockaient eux-mêmes dans leur cave pour leur propre consommation.
Il eut alors l’idée, pour améliorer son ordinaire, de planter des pieds de lavande sur les Causses de Joncels pas loin de la plâtrière. Je me souviens d’avoir participé à la récolte qui se faisait en famille et avec l’aide de quelques villageois volontaires. Je devais avoir 5 à 6 ans et la montée aux Causses me paraissait bien rude pour mes petites jambes. Mais c’était un enchantement, une fois arrivés, de s’énivrer de la bonne odeur des lavandes. La récolte se faisait fin août. Nous coupions les fleurs par bouquets à l’aide de serpes que le pépé avait pris soin de bien aiguiser. Il fallait faire attention aux abeilles que nous dérangions dans leur butinage, mais ce qui m’effrayait le plus c’était les gros crickets verts… La journée se déroulait dans la bonne humeur, il y avait toujours quelqu’un pour entonner un chant ou raconter de bonnes blagues. A midi nous faisions la pose pour le repas préparé par la mémée accompagné de son « vin » et terminé par un bon café et à quatre heures un petit goûté avec biscuits et muscat. Les deux champs n’étaient pas bien grands et une journée suffisait. Les fleurs étaient rassemblées en fagots liés par des ficelles préparées la veille avec une boucle à un bout afin de faciliter la tâche. Ces fagots étaient chargés sur la charrette tirée par le brave Bijou puis engrangés dans le grenier bâti par pépé rue de la Careirade. Pour finir la récolte était amenée à Faugères où se trouvait une distillerie, et où je me rappelle avoir été écoeurée par l’âpre odeur entêtante de la distillation. Je suppose que le distillat devait servir à l’élaboration de parfum ou eau de cologne…
L’exploitation ne devait pas être très rentable et elle s’éteignit avec mon pépé en 1963. La distillerie également n’existe plus.
Marie-Dominique Courtes


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