Le hameau de Sourlan le Haut, commune de Joncels, a pu compter à l’époque jusqu’à dix sept familles. Il est habité depuis des temps immémoriaux par la famille Lugagne. Depuis toujours cette famille travaille des terres qui sont fertiles mais très pentues.
Les labours s’effectuaient avec une paire de bœufs qui répondaient aux noms de Fiérou qui était le plus clair et Daurat qui lui possédait une peau couleur pain bien cuit.

Le troupeau de brebis se gardait tout seul, il savait se mettre à l’ombre l’été dans un coin du ruisseau. Il y avait toujours deux chèvres dans le troupeau qui se comportaient en chef de file.
Au printemps les brebis prenaient la drailhe* qui conduisait jusqu’au serre de Capespigne où l’herbe était plus fraîche. Le soir elles rentraient seules et se laissaient facilement traire à la main. Le lait était transformé en délicieux pérails* qui étaient appréciés de tous.
Il y avait une vigne tellement en pente qu’il fallait faire un trou d’assisse à la pioche pour que les comportes de bois puissent tenir d’aplomb ! Le vin que donnait cette vigne pouvait titrer jusqu’à douze degrés. Elle était composée principalement du cépage Cinsault.
La vie de cette communauté était rythmée, pour les enfants, par l’école de Joncels à cinq kilomètres en passant par le raccourci, à pied en toutes saisons, matin et soir.
Pour les adultes par les labours, les semailles, les moissons, la fenaison, le jardin potager, le bois de chauffage, la récolte des châtaignes. Avec quand même quelques divertissements dont la chasse : lièvres, lapins, bécasses et, de temps en temps, un gros sanglier qui était venu imprudemment retourner les pommes de terre dans la nuit.
La partie piscicole était aussi intéressante, les écrevisses et les truites faisaient partie des habitudes alimentaires. Les écrevisses étaient cuisinées à la sauce Potin. Il fallait les poêler avec de l’ail et du persil et les déglacer à la fin avec un filet de vinaigre. Le cochon, la charcuterie font partie intégrante de cette vie rurale de la famille Lugagne. L’altitude de 550 mètres et la fraîcheur permettent de réussir saucisses, jambons secs, boudins.
Les grottes de Sourlan sont une richesse naturelle. Elles ont été visitées par des spécialistes et répertoriées comme remarquables. Des flèches en silex, des poteries datant du néolithique et des ossements humains ont été trouvés. La longueur totale est de 805 mètres dont 555 en plongée. Elles libèrent une eau limpide et fraîche qui au bout de quelques mètres à l’air libre se peuple d’une faune importante dont les petites crevettes (gammares) qui sont très appréciées des truites et finissent par leur donner une chair légèrement rosée. Dans le temps, réputé, le Sourlan était connu pour ses ressources halieutiques depuis Philippe le Bel (1268-1314). Des écrits l’ont révélé.
Durant la dernière guerre, les soldats en poste à la quille des Anglais venaient chercher le lait produit par une vache tous les jours.
Sourlan le Haut est un havre de paix et de quiétude, ses habitants vivent certes isolés du monde tumultueux mais ne changeraient pour rien au monde de lieu de résidence. Ils connaissent depuis longtemps une partie du secret du bonheur et le conservent jalousement.
*drailhe : sentier emprunté par les troupeaux transhumant
* pérail : petit fromage en particulier de brebis
Recueilli par Michel Bral de Saint-Xist auprès de Jean Claude Lugagne






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