
Le temps que mon père pressurait*, nous allions ramasser avec ma mère et ma sœur des châtaignes. On ne perdait pas de temps, on ne laissait pas le temps à l’ennui. On mangeait sur place. Les sacs remplis, mon père venait les chercher pour les mettre au séchoir, le sécadou, pour faire des châtaignons.
On plaçait ces châtaignes sur une grille. On allumait un feu doux et continu avec de la poussière de charbon dite « la soure » qui était donnée aux mineurs pour le chauffage. Ce feu continu séchait les châtaignes. Quand elles étaient sèches, on les mettait dans un sac de toile épaisse et on les tapait sur un tronc. Il y avait un certain nombre de coups à donner. Ma belle-mère, Mathilde, faisait toujours suivre du fil et une aiguille pour le cas où le sac se serait troué.
On en retirait quelques unes pour manger, faire de la soupe. Le reste était passé au concasseur. La farine servait pour alimenter le bétail, les cochons s’en régalaient…
Cette période de ramassage durait environ un mois.
Une fois que les châtaignes étaient ramassées, c’était la dernière récolte.

Pendant la guerre on n’avait pas de pommes de terre de semence. On se débrouillait, on attendait l’année suivante. On se portait sur le rutabaga ou le topinambour, aujourd’hui redevenu à la mode, mais tu ne m’en feras pas manger, même bien préparés car, nous, on ne pouvait pas les assaisonner ni les préparer. On les mangeait comme ça… mais on n’avait que ça et encore bien contents !
*pressurer : action de presser le marc de raisin, extrait des cuves après fermentation, dans le pressoir pour en retirer les dernières gouttes.
Picou



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