Le martyre de l’abbé Guilleminet

Né à Bédarieux le 4 janvier 1738 de parents modestes et très religieux, baptisé à l’église Saint Alexandre à Bédarieux le 18 janvier 1738, Jean-Antoine fut longtemps enfant de cœur et aidait souvent les prêtres pendant les offices.

Pourvu d’un canonicat en janvier 1757 avec prébende au chapitre abbatial de Saint Pierre de Joncels, il s’installe à Paris en 1766 et sert la paroisse Saint Séverin. Il est nommé prêtre de la paroisse Saint Roch en 1781.

Il est mort lors du massacre des Carmes le 2 septembre 1792, béatifié le 17 octobre 1926. Les villageois se cotisèrent pour faire réaliser un vitrail par l’atelier Bessac à Grenoble en 1738. De même l’atelier Bessac réalisa le vitrail en face de celui de l’abbé Guilleminet dans l’église de Joncels (inscription à sa mémoire dans l’église Saint Alexandre à Bédaarieux)

Sa sépulture est à l’église Saint Roch à Paris– il était vicaire à Saint-Roch, à Paris.

Après sa mort héroïque le 2 septembre 1792 sa tante chercha à accomplir ses dernières volontés: donner à des Carmélites la statue de Notre-Dame de Consolation. Elle eut connaissance d’un groupe de Carmélites réfugiées rue Cassette et une brave femme du peuple s’offrit à porter la statue à destination, en la cachant dans une hotte.

Les prêtres réfractaires de la Révolution

La Révolution française est une période sombre dans l’histoire de l’Église catholique. Les vœux religieux sont interdits ainsi que les congrégations religieuses en avril 1792. La Constitution civile du clergé force les membres de l’Église à jurer sur la Constitution. Ceux qui refuseront seront passibles de l’exil, d’emprisonnement ou de mort. Quand le pape Pie VI condamne cette décision unilatérale, le clergé français se retrouve divisé entre les jureurs et les réfractaires restés fidèles au Pape, forcés à la clandestinité. Dans ce contexte, et après la chute de la monarchie, le 11 août 1792, le couvent des Carmes devient un dépôt pour des prêtres réfractaires. Cent cinquante prêtres et dix laïcs sont emprisonnés, parmi eux, beaucoup vont subir le martyre.

Rien ne justifie le massacre du couvent des Carmes, mais l’arrivée des Prussiens, aux portes de Paris, inquiète les révolutionnaires. Les religieux et prêtres représentent alors, à leurs yeux, une cinquième colonne, susceptible de s’allier avec l’ennemi. Il faut donc les éliminer. Le 2 septembre vers 16h, au moment de la promenade journalière des détenus, des enragés pénètrent avec leurs armes à l’intérieur du couvent, blessant à mort plusieurs prêtres. Au lieu de tous les tuer sur le champ, les commissaires de la section du Luxembourg s’amusent à organiser un simulacre de procès, dans la sacristie, pour les forcer à prêter serment. À chaque refus, c’est l’exécution. Deux heures plus tard, ce sont en tout cent quinze cadavres jetés dans le puits ou dans le jardin du couvent, massacrés à l’épée par les Sans-Culottes. Jean Guitton écrivait : « Ce que le Colisée est à Rome, la chapelle des Carmes l’est à la France ».

« Ici, ils sont tombés »

Leur souvenir est toujours présent. Devant les marches du perron par lesquelles sont passés les martyrs on peut lire l’inscription latine : Hic ceciderunt (Ici ils sont tombés). L’abbé Saurin, qui a échappé à la tuerie, a témoigné du courage des martyrs qui devinaient leur fin tragique et admirable : « Nous ne formions qu’un petit nombre, la plus grande partie des athlètes de Jésus-Christ, des pontifes, des prêtres, des lévites, avaient fini glorieusement leur carrière. Les autres y marchaient courageusement sur leurs traces. Je n’entendis jamais dans l’église des Carmes ni cris, ni gémissements, ni lamentations ; chacun se laissait mener au lieu fatal sans former la moindre plainte, sans opposer la moindre résistance ». Le couloir qui mène à la crypte des martyrs où sont recueillis leurs ossements contient également des phrases mémorielles de cet événement. Dans le jardin, une colonne et un crucifix font aussi mémoire des prêtres tués par les révolutionnaires. Parmi eux, l’on compte l’archevêque d’Arles, Mgr du Lau, mort près de l’autel de l’oratoire, les frères La Rochefoucauld, François-Joseph, évêque de Beauvais, et Pierre-Louis, évêque de Saintes. Mais aussi l’abbé Hébert, confesseur de Louis XVI, l’abbé Gaultier, qui aurait reçu la confession de Voltaire sur son lit de mort, et l’abbé de Pontbriand, grand-oncle de Charles de Foucauld.

Ce mois de septembre est l’un des plus sanglants pour l’Église avec l’exécution de près de 3 000 personnes, laïcs compris. En plus des martyrs du couvent des Carmes, cent quatre-vingt onze personnes sont béatifiées par le pape Pie XI, le 17 octobre 1926. Le frère Salomon, un des rares religieux parmi les évêques et les prêtres retenus prisonniers au couvent parisien, est le seul à avoir été canonisé, l’an dernier, par le pape François, le 10 mai 2016.

martyrs de la révolution ( 1792)

Ils sont 191: 3 évêques, 127 prêtres séculiers, 56 religieux et 5 laïcs qui furent arrêtés par les révolutionnaires comme ennemis de la Patrie et rebelles à la Constitution civile du clergé. On les entasse dans diverses maisons religieuses transformées en prisons improvisées: les Carmes, l’Abbaye, la Force.

Le 2 septembre 1792, elles sont investies par des ‘sans culottes’ exaltés. Les assassinats qui inaugurent le carnage sont suivis d’un simulacre de jugement: « J’appartiens à l’Église catholique, apostolique et romaine. » A ce titre, exécution immédiate. Plus d’un millier d’entre ces prisonniers sont tombés en ces jours sous une fureur populaire incontrôlée. Pour 191 d’entre eux on a pu établir qu’ils sont morts certainement à cause de leur foi, mais tous les autres partagèrent leurs souffrances et leur témoignage pour le Christ.

Après la chute de la Monarchie le 10 août 1792, la fièvre monte à Paris. De nombreux suspects sont arrêtés: laïcs, prêtres séculiers, religieux, souvent réputés réfractaires, même si ce n’est pas le cas de tous. Environ 350 ecclésiastiques sont ainsi incarcérés, dont plus de la moitié étrangers à la capitale.

Entre le 2 et le 5 septembre, des bandes armées d’hommes et de femmes envahissent les prisons parisiennes pour se livrer à l’exécution collective des détenus au couvent des Carmes, à l’abbaye de Saint-Germain, au séminaire Saint-Firmin, aux prisons de la Force, rue Saint-Antoine.

Le couvent des Carmes, avec son très vaste enclos, est le premier et le plus symbolique théâtre des tueries. Au témoignage de l’abbé Saurin, jésuite rescapé, le contraste est saisissant entre la sérénité qui règne au-dedans, parmi les ecclésiastiques prisonniers, groupés autour de trois évêques, et, au dehors, le hurlement de la foule, les canonnades, les roulements de tambour, et finalement, le 2, vers quatre heures du soir, le tocsin de Saint-Sulpice qui donne le signal aux émeutiers. La tuerie qui a commencé dans le jardin s’achève, après un simulacre de jugement, au pied du petit escalier faisant communiquer la chapelle, où les prisonniers ont d’abord reflué et se sont mutuellement donné l’absolution, et le jardin.
«Je n’ai entendu se plaindre aucun de ceux que j’ai vu massacrés» écrira l’abbé de la Pannonie, blessé et rescapé de la tragédie des Carmes.

Parmi les 3 000 victimes de septembre 1792, 191 personnes mortes pour leur foi ont été béatifiées par Pie XI le 17 octobre 1926. L’abbé Guilleminet a été béatifié .86 prêtres étaient membres du clergé parisien. Les quatre laïcs et de nombreux religieux béatifiés appartenaient aussi à l’Église de Paris.
(
diocèse de Paris)

Martyrologe romain: À Paris, en 1792, la passion des bienheureux martyrs Jean-Marie du Lau d’Allemans, François-Joseph et son frère Pierre-Louis de la Rochefoucauld, évêques, respectivement d’Arles, de Beauvais et de Saintes et quatre-vingt-douze compagnons Prêtres dont :

Jean-Antoine Guilleminet, de Bédarieux, au diocèse de Béziers, au service de la paroisse Saint-Roch, à Paris

– C’est « avec douceur et respect » que les prêtres emprisonnés formulèrent leurs refus de rompre avec l’Église de Rome. Si « le monde les a pris en haine », ils savaient que le Christ avait prié pour les garder dans la fidélité.

Bienheureux Martyrs des Carmes

Martyrs de la révolution (+ 1792)

A partir du 11 août, pourtant, un certain nombre de prêtres furent enfermés dans l’église des Carmes pour avoir refusé de prêter serment. Combien étaient-ils, derrière les murailles du vieux couvent? On ne sait au juste… Cent cinquante, deux cents peut-être.
Presque tous devaient y trouver la mort.
Le massacre eut, aux Carmes, cette particularité qu’il fut effectué à huis clos et par des volontaires non rétribués qui, sans doute, trouvèrent leur récompense dans la satisfaction du devoir accompli.
Vers quatre heures, les portes donnant sur la rue s’ouvrirent devant des hommes armés de fusils et de piques, presque tous ayant un sabre à la ceinture, qui entrèrent par petits groupes. Il y eut des conciliabules entre ces hommes. Une heure plus tard, on entendait des cris et l’on apprenait que l’archevêque d’Arles venait d’être mis à mort.
Alors ce fut comme une envolée de soutanes, une fuite éperdue qui donna lieu à une véritable chasse à l’homme; des prêtres furent abattus à coups de fusil et à coups de sabre derrière les arbres, les buissons fleuris, les charmilles odorantes. Commencée vers cinq heures, la scène se prolongea jusqu’à six. Lorsque les chasseurs estimèrent que le divertissement avait assez duré, ils s’entendirent pour rabattre le gibier et poussèrent, à coups de plat de sabre, les prêtres encore debout, blessés ou non, à l’intérieur de l’église…….

Un couloir étroit, qui s’ouvrait auprès de la sacristie et aboutissait à un petit perron encadré par une grille tapissée de plantes grimpantes, permettait de se rendre de l’église au jardin. Avant d’atteindre le perron, au pied d’un escalier conduisant à l’étage, le couloir s’élargissait, formant comme une sorte de palier de plusieurs mètres carrés.
Le commissaire de la section fit placer là une table et une chaise et y installa son tribunal Sur le perron, et devant ses quelques marches, se groupèrent des patriotes armés de sabres, de piques et de pistolets, prêts à procéder aux exécutions. Deux prêtres sortirent alors de la sacristie et s’avancèrent vers la table, leur bréviaire à la main. Ils étaient très pâles mais paraissaient résolus. Le commissaire, qui n’avait pas l’air d’un méchant homme, leur fit déclarer leurs noms et qualités, puis il leur demanda de prêter serment.
Cela nous est impossible, répondirent-ils.
Le juge soupira, et, d’un geste, ordonna de les faire passer dans le jardin. Ce simple geste constituait un arrêt de mort. On entendit des cris de douleur, un cliquetis d’armes, des hurlements, puis, enfin, l’inévitable cri de « Vive la nation ». La même scène se répéta un certain nombre de fois malgré les efforts du commissaire, qui aurait voulu faire cesser ce carnage.
Des tueurs qui, profitant d’une accalmie, fumaient tranquillement leur pipe sur le perron. Les exécutions commençaient en effet à s’espacer et, d’ailleurs, les tueurs se lassaient. Le commissaire profita de cette lassitude pour sauver quelques prêtres.

Les massacres prirent fin un peu avant huit heures. Les portes du jardin furent alors ouvertes et le public fut admis à contempler les cadavres

Massacre des prêtres au couvent des Carmes en septembre 1792 (histoire-en-questions.fr)

LA VIE DANS LES PRISONS

AUX CARMES

Les premiers jours les prisonniers doivent dormir à même le pavage de l’église ou sur les quelques chaises qui se trouvent là .Il est ensuite permis, à ceux qui en ont les moyens, de se procurer lit de sangles et paillasse. Les fidèles du quartier sont autorisés à apporter aux prêtres ce qui leur est nécessaire : lit, linge, nourriture. Un traiteur apporte régulièrement des repas, des fidèles payant pour les prêtres démunis. Toute la nourriture, même les bouillons destinés aux malades, est soigneusement fouillée au sabre par les gardes.

Les détenus sont confinés dans l’église, sans possibilité d’en sortir ; de très nombreux gardes y séjournent aussi.  Au bout de quelques jours le médecin de la Section obtient, pour éviter les risques d’épidémie, que les prisonniers sortent dans le parc une heure le matin et une heure l’après-midi pendant qu’on tente d’aérer l’église en brûlant des herbes fortes et des liqueurs spiritueuses. Selon le caprice des gardes cette sortie s’effectue tous ensemble ou par moitié. Des gardes dans chaque allée limitent les parties du jardin où la promenade est autorisée. Des appels nominatifs ont lieu avant et après chaque sortie.

Les visites venant de l’extérieure sont également autorisées à certaines heures, sous contrôle des gardes. Elles se poursuivront jusqu’au 2 septembre au matin.

La garde est relevée chaque jour, mais presque tous les jours les gardiens insultent le pape, qu’ils traitent, entre autres, d’antéchrist, et les prisonniers ; Monseigneur du Lau est tout particulièrement visé, mais, aux provocations, il oppose calme et sérénité.

La nuit, le repos n’est pas toujours facile à prendre, les gardes sont toujours présents dans l’église, bruyants et grossiers, et c’est en général en pleine nuit, dans un grand tapage, que sont amenés les nouveaux prisonniers. Ils seront ainsi 160 (dont 8 ou 9 laïcs), ce qui posera quelques problèmes pour étendre les matelas et obligera à en replier un grand nombre dans la journée.

Bien qu’il ne leur soit pas permis de célébrer la messe, même le dimanche, les prisonniers organisent leur vie religieuse. Comme ils n’ont pu apporter que peu de bréviaires, ils se repartissent  en trois groupes sous la direction des évêques : après la prière commune du matin, « un tiers vaquait à l’oraison, l’autre tiers à la récitation de l’Office ou à la lecture, les autres prenaient les exercices d’une récréation modeste et paisible qui ne troublaient aucunement ceux que la piété occupait alors ».

Lors de la sortie dans le jardin, ils sont nombreux à se réunir dans l’oratoire de la Sainte Vierge (à l’emplacement du 102 de la rue de Rennes actuelle).

AUX CARMES

Le 31 août, Manuel, commissaire de la Section vient annoncer aux détenus que le décret de déportation leur sera signifié le dimanche 2 et qu’on leur rendra la liberté pour qu’ils puissent se mettre en devoir d’obéir à la loi et gagner la frontière. Les prêtres qui le peuvent font venir argent et vêtements en bon état pour le voyage.

La matinée du 2 septembre  se passe comme à l’ordinaire dans les exercices de la piété chrétienne. Vers midi, on entend battre la générale et gronder le canon d’alarme. Mais cela inquiète moins les détenus que  la mauvaise garde de ce jour là. Pendant le repas un officier de garde dit aux prêtres : “lorsque vous sortirez, on vous rendra à chacun ce qui vous appartient”.

La promenade habituelle est différée puis, finalement, annoncée vers 3 heures ; contrairement aux usages les prêtres âgés, malades ou infirmes sont obligés de sortir.

Dans le jardin la garde est doublée et toute composée de gens armés de pique; la chapelle de la Vierge est fermée, mais sur intervention de l’évêque de Saintes, elle est rouverte et plusieurs prêtres s’y rendent.

Vers 16 heures, les détenus entendent de grandes clameurs au voisinage ; et peu de temps après, un groupe de forcenés apparaît aux fenêtres menaçant de leurs piques. Certains qu’ils vont être massacrés les prêtres se donnent l’absolution l’un à l’autre. Les gardes disparaissent et les tueurs entrent dans le jardin armés de fusils à baïonnettes, de piques et de pistolets. Ils massacrent le premier qu’ils rencontrent, l’abbé Girault qui lisait son bréviaire près du bassin; l’abbé Salins qui se trouvait à proximité se précipite pour s’interposer mais est abattu d’un coup de fusil. Puis ils se précipitent dans le jardin en réclamant l’archevêque d’Arles. Les prêtres qui entourent Mgr du Lau veulent le cacher mais lui leur répond que puisque c’est lui qui est recherché il ne seront apaisés que quand il l’auront trouvé. Un des tueurs devance les autres et vient au devant du groupe entourant Mgr du Lau “Es-tu l’Archevêque d’Arles ? ― Oui, je le suis, répondit-il calmement. ― C’est donc toi qui a fait répandre tant de sang à Arles. ― Moi ? Je ne sache pas avoir fait du mal à personne. ― Scélérat ! Je vais t’en faire à toi !“ Et aussitôt, il lui décoche  un grand coup de sabre sur la tête. A ce premier coup, Mgr du Lau joint ses mains et s’en couvre le visage et, sans faire la moindre plainte, il est mis à mort. Un second assassin vient encore enfoncer sa pique dans le corps de la victime ; il lui  arrache sa montre et l’a présente à ses camarades d’un air content et satisfait.

Les tueurs se précipitent alors vers  la petite chapelle de la Vierge du jardin, et déchargent leurs fusils  et leurs pistolets. Mgr de la Rochefoucauld, évêque de Beauvais, est blessé à la jambe.

Plusieurs prêtres escaladent le mur de clôture. L’un d’eux, l’abbé Gallais, renonce à fuir et revient partager le sort de ses compagnons, il est alors blessé d’un coup de feu à la jambe ; 5 ou 6 autres parviennent à s’échapper. Dans le jardin, le « parc aux cerfs » disent les tueurs, la « chasse » continue, plusieurs prêtres sont blessés à coups de feu et achevés à l’arme blanche.

Le massacre dure depuis une quinzaine de minutes quand des fenêtres on crie “Arrêtez ! C’est trop tôt; ce n’est pas ainsi qu’il faut s’y prendre !” Violette, commissaire de la Section, accompagné de 12 à 20 hommes, entre alors dans le jardin et ordre est donné aux prisonniers de rentrer dans l’église. Toujours excités les tueurs continuent de tirer des coups de fusils. Quand il pense que tous les rescapés ont pu rentrer dans l’église Violette fait fermer la porte du perron, mais les abbés Martin et Grayot de Kéravenant, sont encore à l’extérieur, ils escaladent un appentis, se réfugient dans les combles de l’allée menant de la maison aux lieux communs. Ils y restent jusqu’à 7 h et demie le lendemain matin, « entendant tous les coups sans qu’aucun cri ait été poussé par les victimes ».

Enfermés dans l’église, les détenus entendent encore des coups de feux dans le jardin; ils sont entassés dans le chœur, la nef leur étant interdite. Deux des détenus, l’abbé Leturc et le frère Istève parviennent à se cacher dans l’escalier menant à la chaire et échapperont ainsi au massacre ; un autre se cache sous des matelas (pris d’éternuements il sera découvert vers 21 heures et massacré).

Rentrés dans l’église les prêtres, au milieu des hurlements, se prosternent au pied du crucifix qui y restait, seul et unique signe religieux qui n’avait pas pu être enlevé. .Brusquement les forcenés font silence, c’était Mgr de la Rochefoucauld qu’on portait avec assez d’humanité. On le place sur un lit, où son frère l’évêque de Saintes, vient le rejoindre. Puis les forcenés recommencent cris, insultes et menaces.

C’est alors que  parait un commissaire de la Section qui implore les droits de l’humanité faveur des détenus. Mais il met si peu de chaleur et d’intérêt dans son discours qu’il n’eut aucun succès.

Dès qu’il fût sorti de l’église, on ordonne  aux prêtres de cesser les prières et de se lever. Un des tueurs leur demande alors d’un ton menaçant : “Avez vous prêté le serment ?” Il lui est répondu, que pas un des détenus n’avait prêté ni ne prêterait ce serment,. “C’est égal, allons, passez, passez, votre compte est fait. »

Deux par deux les prêtres sont appelés et, sortant par la chapelle de la Vierge, il passent dans le petit corridor menant au jardin, sont poussées vers le petit perron où ils sont massacrés à coup de sabres, de piques et d’outils agricoles. Les corps sont traînés et entassés au pied d’un if proche.

L’évêque de Beauvais appelé à son tour, dans les derniers, fait remarquer qu’il ne peut marcher et demande de l’aide, il est alors soutenu humainement par des gardes qui le conduisent jusqu’au perron.

Des gardes nationaux réussissent à soustraire plusieurs prêtres au massacre, deux d’entre eux sont conduits à l’extérieur par leurs sauveurs, les abbés Saurin et Letellier ; l’Abbé de La Pannonie est invité à profiter de l’invasion de l’église par une foule de pillards et de badauds pour se mêler à elle et gagner la sortie. D’autres enfin sont regroupés sous garde armée pour être jugés à la Section.

Aux environs de 18 heures les massacres cessent, et les 30 derniers prisonniers, dont 8 laïcs, sont conduits sous escorte à la Section, ils seront relâchés les jours suivants.

En arrivant à la Section, après le massacre, un des commissaires dit :”Je ne comprend pas ces gens, ils allaient à la mort comme on va à un mariage !“

Toute la nuit on entend des chants et des cris dans le jardin. Le lendemain matin  la section du Luxembourg confie à Daubanel, son secrétaire, le soin de faire enterrer les cadavres. Dès le matin du 3 septembre deux grands chariots sont amenés dans le jardin, et, remplis d’une quinzaine de corps chacun, les emportent au cimetière de Vaugirard là les corps sont déposés dans une fosse commune creusée en face de la petite porte du milieu, et recouverts de chaux.. Les autres corps sont jetés dans un puits du jardin près de l’angle des rues d’Assas et  de Coëtlogon actuelles. Ce puits sera retrouvé en 1867, lors du percement de la rue de Rennes et les ossements de 90 corps environ retirés et analysés seront déposés dans la crypte de l’église des Carmes.

Massacre aux Carmes (free.fr)

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