Quand on arrivait à l’improviste, ce qui était le cas chaque fois car le téléphone était inconnu à la maison, Mélie était heureuse et s’activait pour assurer le repas.
Dans une des multiples habitations de la rue maintenant copa camba*, elle avait toujours quelque chose dans un des paillers, bien enfouis dans le foin. Des pâtés en terrine, des oignons, …
A l’angle de la rue avec l’escanadou *où habitait le martégaou*, en contrebas c’était la lapinière. Elle ramenait toujours de la rame* du jardin, de Béros ou de Moussur pour aiguiser les dents de ses protégés et ne manquait pas, chaque jour de leur donner leur content de son.
Elle ouvrait la porte grillagée, attrapait un lapin par les oreilles, un coup vif sur le suquet* et avec un couteau, elle enlevait un œil pour écouler le sang. Ensuite elle le déshabillait avant de le garnir d’un bouquet d’herbes et à la cocote.
Il mitonnait à feu doux sur la cuisinière garnie aux boulets de charbon et à la sourre*.
Et hop à table !
* ounte sios où es-tu ?
* es ana caga se comprend aisément
* copa camba : en occitan se prononce copo cambo
*escanadou, endroit rétréci, où on escanne (un coupe gorge)
* martegaou, de Martigues. La tradition veut que l’on nomme un estrangers du lieu d’où il vient
*rame, branche d’arbre propre à user les dents des lapins qui raclent l’écorce. Par exemple frêne, caviar des lapins.
*suquet ou coup du lapin, derrière la nuque
*sourre, poussière de charbon qui venait de l’effritement des boulets de charbon entassés sous l’escalier et que l’on ne laissait pas perdre
Souvenirs de mes vacances à Joncels
J.Pierre Crouzat petit fils Olivier


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