Le brame du cerf

Quatre dames du Plô de Cambre étaient en balade du coté d’Avène pour écouter le brame du cerf au clair de lune. Les voilà livrées à elles-mêmes dans la vaste forêt de sapins noirs. Elles sont à l’écoute de la bête en rut. Soudain, trois d’entre elles entendent furtivement au loin le brame du cerf dans le silence. La quatrième, toute à ses pensées ne perçoit pas cet appel de la nature généreuse qui leur renvoie avec l’écho l’émoi du mâle en rut. Prises de fou rire les trois copines se marrent perfidement de leur consoeur.

C’est dans ce contexte joyeux qu’elles se remémorent lorsque leurs amoureux tous empêtrés dans des sentiments virils, leur signifiaient une envie irrépressible en déployant des gestes maladroits, en déclamant des propos décousus. Ils vivaient leur fièvre du samedi soir qu’ils imaginaient dans la communion des sens… Ces demoiselles, toutes empourprées, cédant à la pression du « qu’en dira-t-on » abrégeaient les ébats. Il ne fallait point rencontrer le loup avant d’avoir testé pendant plusieurs mois l’attachement du prétendant.

C’est ainsi que les jeunes cerfs hominidés, assoiffés de luxure bramaient au crépuscule. Sur le Plô de Cambre, Tatania, également à l’écoute du bruissement de la nature entend le cri rauque et fougueux du maître de la forêt, elle en est toute bouleversée… Elle a déjà rencontré le loup avec son amant de Biélorussie, mais depuis qu’elle vit sur les hauteurs du Plô de Cambre, elle n’a pas trouvé de partenaire pouvant la séduire. Elle parcourt la forêt, haletante, un nœud dans la gorge. Que fait-elle seule sur ce Plô de Cambre alors que l’amour règne en maître à cette heure tardive ? Elle se laisse caresser par les fougères et s’offre à la lune qui en rougit d’aise. Elle aussi, aux temps jadis, s’était offerte au soleil qui n’est jamais venu…

Le brame du cerf a ému les quatre dames du Plô de Cambre ; il représente l’élan vital perpétuant la vie. Cette existence qui ne fait que passer mais exulte dans les rituels sexuels de tout ce qui respire. Accoudé à sa fenêtre, le regard lointain, le pastre ne peut pas dormir ; il médite et pense à ces magnifiques saumons qui, après avoir parcouru les océans, remontent les rivières où ils sont nés pour se reproduire et mourir. Elle se moque des convenances et perpétue, immuable en apparence, le cycle de la vie. Le vent le fait frissonner. Il n’est plus tout jeune ! Il ferme la fenêtre machinalement.

Tant que nous entendrons le brame du cerf, c’est la vitalité de la forêt que nous percevrons et les dames du Plô de Cambre auront un regard attendri en regardant leur progéniture avec un sentiment de plénitude.

Gérard Cauvi

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