La veillée de Noël

La veillée

Chaque année, pour la veillée de Noël, le 24 décembre, l’abbatiale renaît.

La chorale avec ses chants de Noël, sa crèche vivante précédant la messe chantée.

Pas une seule place libre dans l’abbatiale pourtant très vaste. 

La chorale est éphémère. Les répétitions commencent début novembre pour se terminer avec brio à la veillée de Noël. Chaque année de nouveaux choristes viennent grossir les rangs. Tout au début Mr André Redoulès faisait office de chef d’orchestre, mais depuis quelques années, c’est Philippe de Firmas aidé par son frère à la guitare qui donne le la.

Une crèche occupe tout le fond de l’abbatiale avec ses santons presque centenaires. Le décor change chaque année suivant la motivation des membres de l’association Patrimoine Tradition & Culture qui n’ont de cesse de perpétuer cette tradition.

La crèche vivante avec ses personnages bibliques, ses agneaux venus de Dio ou de Sourlan qui ne manquent pas de se faire entendre, et chaque année, un enfant nouveau-né mettent une touche de chaleur à cette veillée.

Aussi quant les magnifiques lustres commencent de s’éteindre et que la foule se disperse à regret croit-on, chacun ressent ce bonheur intense que seule la veillée de Noël peut susciter.

Josette Paillès

Conte de Noël

Il y a près de 2011 ans que Jésus naissait à Bethléem dans une pauvre étable entre le bœuf et l’âne. Depuis il est retourné près de son père dans la gloire céleste. Mais d’être venu une fois sur terre et d’avoir connu des hommes, il en a gardé un souvenir compatissant et suave. Chaque cent ans, dit la légende, il quitte un moment la gloire céleste pour venir partager dans une modeste église le bonheur simple des gens du peuple qui manifestent pour la naissance de Jésus une ferveur limpide et pure. C’est ainsi que la nuit du 24 décembre 2011, il a choisi l’église de Joncels.

            Il faut dire que les gens du village, bergers, travailleurs, retraités avaient confectionné une crèche vivante avec les agneaux de Sourlan, les enfants habillés en bergers, anges, archanges et séraphins. Parmi eux Jésus vit un nouveau-né dans les bras de sa mère. Sa figure était si rayonnante qu’elle impressionna Jésus. Sa mère souriait naturellement et semblait habitée par une lumière mystérieuse. St Joseph protecteur couvait la petite famille. Tout l’amour frais qui rayonnait dans la petite église s’était polarisé dans les yeux de cet enfant souriant et de sa mère angélique. Mais il avait choisi la bonne église !!! Vu de la voûte céleste Joncels apparaissait au milieu d’un monde noir, comme une bulle de tendresse, comme une goutte de rosée dans la lumière de l’aube, comme l’herbe de mai à la lueur de la lune.

            Sur le chemin qui mène à Joncels, Jésus était suivi par tout le petit peuple de la forêt. Le renard craintif baissait les yeux, le vent qui suivait aussi se fit discret. Dans une combe ils croisèrent le lièvre qui scrutait Jésus les oreilles dressées. Tout émerveillé, le blaireau suivait de sa marche pesante, le sanglier suivait en labourant les bas-côtés du chemin. Sur un vieux chêne la pie et le geai somnolaient. Le faucon et la tartane s’élevaient, faisaient des ronds, haut, très haut dans le ciel glacé. Le lapin qui était aussi de la partie n’avait pas peur.

Jésus dit au merle : « O merle, toi qui es un musicien d’exception, j’ai besoin d’un chanteur dans ma crèche de Joncels. Veux-tu venir ? » « Tu veux me faire venir dans la crèche des humains ? Je ne suis pas pressé de les connaître. J’ai un plomb dans l’aile qui m’annonce le mauvais temps ». 

Le premier à rejoindre Jésus était le rouge-gorge. Il vint dans le pâle soleil de l’hiver se poser à trois pas de Jésus. Jésus lui dit : « Viens petit oiseau de mon cœur, petite étincelle d’amour… toi qui as une goutte de sang sur ta gorge ». A vingt pas de l’église, le lièvre qui gambadait devant Jésus s’arrêta tout droit, sans bouger et se mit à trembler de tout son corps. Mais Jésus leur dit : « N’ayez pas peur peuple de la forêt ; il suffit d’une fleur pour embaumer toute une chambre. Un enfant d’homme cette nuit a ouvert son cœur à l’univers devant une crèche lumineuse et a pensé à vous qui vivez solitaires dans la nuit et le froid. Et par cette pensée, c’est comme si tous les hommes avaient eu pour vous autres cet amour fraternel. Vous pouvez rentrer dans l’église, vous n’avez rien à craindre ».

Ainsi donc ils rentrèrent dans l’église au moment où le chœur des hommes et des femmes entonnait un chant d’allégresse. Le vent, la queue en berne retenait son souffle de peur d’éteindre les bougies, il ne savait pas où se mettre. Le renard, le nez au sol gambadait au milieu de l’église et vint se réfugier près de la crèche. Le lièvre, ébloui, écoutait la musique dans la paix retrouvée. Dans l’âme de chaque homme un archange veillait. Le rouge-gorge très à l’aise, comme s’il avait été là depuis toujours, avait un joli port de tête. Et puis dans la chaleur et l’amour de cette fête, les oiseaux mêlèrent leurs chants aux cantiques des humains dans une très belle harmonie. 

Le merle entonna un chant torrentiel et transparent fort mélodieux, une musique de paradis, comme un chemin de crête dans l’aube, un chant baigné de gouttes de rosée et de feuilles des bois. De l’écouter, l’église s’ouvrit comme une fleur sur l’étendue céleste. Le rouge-gorge gazouillait près du petit enfant et de sa mère qui tournèrent leur tête vers l’oiseau enchanteur. Mêlés aux paroissiens, les animaux de la forêt charmaient par les chants. La lumière et la paix repartirent dans les bois, rassérénés. C’est tout cela mêlé qui nous fait dire : quel merveilleux Noël nous avons vécu …

Gérard Cauvi

Veillée de Noël 2024

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