La « pierre du sacrifice »

Il s’agit ici d’un site très anciennement connu que la « celtomanie » du début du siècle attribuait à des cérémonies sanguinaires. Il s’agit beaucoup plus prosaïquement du socle d’un pressoir rupestre vraisemblablement médiéval comme ceux connus à Soumont. Sur un énorme bloc de grès (5,5m de long sur 3m de large et 1,25m de haut), détaché du plateau gréseux et orienté sensiblement S-N, deux surfaces planes ont été creusées avec, chacune, une légère pente (4’) vers un déversoir au  Sud pour la plus grande (environ 3m), au Nord pour la plus petite. Pour cette dernière, actuellement une partie du bord est arasée, s’agit-il d’une partie détruite accidentellement ? un léger ressaut sépare incomplètement les deux parties où l’on devait disposer le produit à presser. De part et d’autre de la plus grande maie ont été aménagées des saignées verticales (d’environ 10 x 10cm) écartées d’une trentaine de centimètres, destinées à maintenir les montants verticaux. On constate nettement que les deux ensembles ne se font pas face et ne doivent pas être considérés comme un ensemble fonctionnel.

Il faut plutôt penser qu’il y a eu deux montages successifs. Deux poutres verticales, engagées dans les rainures ont pu servir de tête de pressoir grâce à des traverses horizontales servant de butées à la poutre principale. Il y avait alors un effort d’arrachement important qui s’exerçait sur ces poutres. Un point d’appui inférieur était nécessaire. Pour relever ensuite la poutre afin de dégager la matière pressée et la remplacer par une nouvelle charge, il fallait au contraire, grâce à une poulie, prendre appui sur les poutres qui auraient eu tendance à s’enfoncer d’où la nécessité d’un appui supérieur. Sur le côté Est, la rainure d’appui est nettement visible encore aujourd’hui. Par contre sur le côté » Ouest, la zone entre les rainures verticales est détruite dans sa partie basse. On peut supposer que le premier état du pressoir utilisait le côté Ouest comme tête mais que, le grès ayant cédé lors d’un effort trop important, on a réinstallé la tête sur le côté Est. La poutre se trouvait donc placée transversalement par rapport au bloc. La profondeur assez grande des maies (une vingtaine de cm) laisse à penser qu’on pressait quelque chose qui donnait assez de liquide, donc des raisins. Le voisinage de l’abbaye de Joncels (les moines ont toujours été, à ces époques, des producteurs de vin), l’absence probable d’oliviers sur ces terrains gréseux confortent cette hypothèse.

Ce qui est plus difficilement explicable, c’est la présence sur le même bloc rocheux, d’une deuxième maie, plus petite, sans trace d’aménagement d’une tête de pressoir et avec une large ouverture sur le côté Est. La pente de 4’ et la présence d’un canal d’écoulement permettent, sous toutes réserves, de penser qu’on pouvait déposer sur ce plan le résidu du pressage, lui permettant de s’écouler, peut-être même en vidant sur le marc quelques seaux d’eau, de récolter de la « piquette » come cela se faisait encore au siècle dernier. On pouvait ensuite évacuer le marc ainsi lessivé par l’ouverture dans le rebord par quelques coups de balai.

Texte de Robert Gourgiole, extrait du bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault – N° 17, année 1994.

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