Joncels et le Chemin de Saint Jacques de Compostelle

Depuis le moyen-âge, Joncels et le chemin de Compostelle partagent une mémoire commune. Les origines de l’abbaye de Joncels sont mal connues mais on peut en trouver trace aux environs des années 800. Plusieurs décrets royaux en attestent. Un décret de l’empereur Louis le Pieux datant du concile monastique d’Aix la Chapelle de 817 exempte l’abbaye de contributions envers le roi. Ce qui lui confère une construction antérieure. En 851, le roi Pépin Il lui confère le privilège d’ « Abbaye Royale » et accorde à sa communauté de vastes territoires permettant à l’abbé Benoît de reconstruire le monastère et également la liberté d’élire librement son abbé. Ce privilège fort envié montre l’importance accordée à notre abbaye perdue au fin fond des contreforts des Cévennes. D’autres abbés de Joncels jouèrent des rôles importants au sein de l’Eglise, à l’instar de l’abbé Jean de Jean, ambassadeur du pape dans toute l’Europe et négociateur de croisade. Il est également l’auteur des Mémorial Decreti en 1328.

Plusieurs ordres monastiques se sont attachés à aider les mouvements de pèlerins se rendant sur les tombeaux des saints. Les trois plus importantes destinations étaient Jérusalem avec le tombeau du Christ, Rome avec celui de St Pierre et St Jacques de Compostelle avec le culte de St Jacques le Majeur plus récemment. Or, il se trouve que Joncels se trouve sur ces trois itinéraires.

Et il est indéniable que le chemin de Rome a laissé énormément de traces dans notre région avec ses « Cami Roumieux » (à ne pas confondre avec les voies romaines) et la profusion de patronymes Romieux, Roumieux… Que dire encore de la présence des reliques de St Benoît le Romain , ramenées de Venise au XIXème par l’abbé Abram, reposant au centre de l’église. Que dire encore de l’intérêt, et peut-être même de l’amour, que portait St Fulcran à l’abbaye de Joncels? En effet, en 1004 eut lieu l’assemblée de Psalmodi, dans le diocèse de Nîmes dont dépendait Joncels à l’époque, et que c’est cette abbaye qui, plus tard, vendit à St Louis les territoires où il bâtira la forteresse d’Aigues-Mortes, base de ses croisades.

Pourquoi ce petit lieu perdu attira autant d’intérêts? C’est à au moins une de ces questions auxquelles s’essaya de répondre le professeur de théologie de l’université de Perouse en Italie qui séjourna une semaine à Joncels. Comment, dans ce petit périmètre, trouve t-on autant de manifestations passées et actuelles de spiritualité? A dire: sépultures préhistoriques, implantations de sites romains, (la Cella Issiates et la source dite des moines), le monastère orthodoxe de la Dalmerie, la communauté de l’Arche de Lanza Del Vasto, ami de Ghandi et apôtre de de la non-violence à la Flayssière et à la Borie Noble, le plus grand centre d’Europe du Bouddhisme qui nous a valu l’honneur d’accueillir le Dalaï-Lama, sans oublier ce qui fut le fief des huguenots protestants de Lunas sous les ordres de Claude de Narbonne qui fut durement châtié par les troupes du roi sous Richelieu. Sans oublier notre abbaye. Selon lui, tout viendrait de la quiétude des lieux et des qualités de nos eaux. Les sources thermales d’Avene ne sont qu’à 8 kms à vol d’oiseau et certains vieux du village connaissent, paraît-il, des sources où coule l’eau bienfaitrice. Et St Jacques est considéré comme le protecteur des eaux. Coïncidence ?

Il est fort probable qu’à certaines époques la traversée du Languedoc ne se faisait pas sans quelques dangers, en particulier lors des guerres de religion. La proximité du fief huguenot de Lunas obligeait les pèlerins à trouver refuge dans des places sûres, comme l’offrait l’abbaye de Joncels, doublement fortifiée. De nombreuses batailles sanglantes eurent lieu entre les deux communautés . Des traités de paix, il reste encore aujourd’hui un droit de pacage des troupeaux joncellois sur la commune de Lunas ! Il est fort probable qu’à cette époque, partant d’Arles, les pèlerins devaient faire halte à St Gilles, St Roch (Montpellier), St Guilhem, St Fulcran (Lodève) St Pierre aux Liens (Joncels), St Martin d’Orb, St Gervais, cités qui leur offraient protection.

Aujourd’hui, ces dangers n’existent plus, mais malheureusement est apparu un autre danger: le GPS ! Ce système, bien utile par ailleurs, est l’ennemi du cheminant, il vous écarte des chemins millénaires pour vous engouffrer dans le trafic le plus court, sinon aisé. « On perd sa vie à gagner du temps » On perd également les repères ancestraux qui guidaient les pas de nos ancêtres. Ne demandez pas votre chemin à quelqu’un qui le connaît, vous ne pourriez plus vous égarer. Et s’égarer spirituellement pour y découvrir de nouveaux domaines est un des buts du cheminant. Autour de Joncels, découvrir, au fil des pas lents, la multitude de parfums (bruyère, asphodèle, campanule, le chèvrefeuille étrusque, l’astéroïde épineuse, la liste est trop longue de cette flore odorante), faune discrète et le vol des rapaces de toutes tailles (milan, buse, aigle royal) particularités géologiques en particulier les restes volcaniques de Bernagues, traces d’anciens labeurs que nous ne pouvons imaginer aujourd’hui, comme ces terrasses montées à la force musculaire sur de fortes pentes afin de subsister, ces châtaigneraies dont les fruits égayaient les veillées et fournissaient farine et alimentation animale, l’exploitation pastorale de Soudan, ces lieux vénérés comme la croix de Lucide ou la croix de St Benoît. Cette dernière a une histoire particulière. A l’occasion de son transport de Lodève à Joncels par une chaude journée d’été, les porteurs des reliques furent fourbus et assoiffés à l’approche du village. Ils s’octroyèrent une pause bien méritée et déposèrent les reliques au bord du chemin. Pour se faire pardonner l’offense faite au saint, les joncellois décidèrent d’ériger une croix à l’endroit même de ce geste sacrilège. Arrivé dans le village médiéval de Joncels, déambuler dans ses ruelles vous ramène avec un peu d’imagination aux siècles passés. Avec un peu d’attention, vous trouverez aux frontons de ses vieilles portes les vestiges de l’époque flamboyante de l’abbaye. Sous l’œil de St Roch, la visite de l’ancienne abbatiale est incontournable.

Comment tout ceci peut-il être comparé à l’odeur de l’asphalte de la D35, de sa barrière de sécurité et du souffle des voitures. Saint Augustin l’avait déjà pressenti: « Il vaut mieux suivre le bon chemin en boitant que le mauvais d’un pas ferme ».

Que faire d’un tel patrimoine rural, bâti et spirituel ? Le chemin de Compostelle est un chemin de légende et de spiritualité, mais surtout un ESPACE DE MEMOIRE. Ne pas le laisser s’étioler, le conserver, l’entretenir et le valoriser. Nous avons demandé à la Mairie d’effectuer les démarches auprès de l’Agence Française des Chemins de Compostelle pour obtenir le label « Village étape du Chemin de Compostelle ». A ce jour, nous n’avons reçu aucun retour ni nouvelles. Espérons que de nouvelles volontés se lèvent et soient à la hauteur de l’héritage laissé par nos ancêtres. « Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte » St Paul.

Alain Ivinskas

⬅ Retour à la page


Commentaires

Une réponse à « Joncels et le Chemin de Saint Jacques de Compostelle »

  1. Avatar de dumonceaud roseline
    dumonceaud roseline

    j’ai appris beaucoup et pris plaisir à lire cet article,merci

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *