Le Carnaval

Il se passait au café Daumas  (en face de chez moi). Les festivités duraient trois jours. Un accordéoniste et homme orchestre, A. Lescure, d’Estréchoux, retraité, aimait venir à Joncels. Il anima cette fête pendant de nombreuses années. Pendant la guerre, Lucien Grenier était allé le chercher avec sa voiture qui roulait au gazobois.

Le dimanche et lundi après-midi, on dansait. Le mardi Gras, avec l’accordéoniste on faisait le tour du village à pied – une farandole – . Tous ceux qui se mariaient dans l’année étaient considérés comme des cornards (cocus). Par tradition on allait à l’abattoir chercher des cornes de vache pour mettre sur la tête des mariés de l’année avant la guerre de 1939. Cette année là, c’est Brousse, cafetier, chez Gayraud, père de Claude, gendarme en retraite qui était monté sur un bœuf comme un cierge, à l’envers de la marche du bœuf, mais lorsque ce dernier a senti l’eau de l’abreuvoir, d’un coup de rein, Brousse a été éjecté dans la rigole de la fontaine… il s’est rapidement empressé de se lever pour aller chercher sa casquette, car, chauve il n’aimait pas paraître ainsi.

Puis on descendait à la gare vers 20h, au passage du train Millau-Béziers et on attendait le train pour animer l’arrêt. Tout le monde était aux portières. Chose faite on remontait souper puis c’était le moment du Grand Bal attractif. On brûlait Monsieur Carnaval en pleine rue. C’était un personnage fait de paille, grandeur nature … une fois que la plaidoirie était terminée, le jugement fait par le Comité des Jeunes, la mise à mort de Monsieur Carnaval était imminente.

Quelques années après, ces festivités se sont déroulées dans les salles du château. Il y avait dancing au rez-de-chaussée. Dans le coin de la salle, l’estrade était composée de la porte d’entrée, cintrée, à cheval sur des caisses d’emballage de limonade provenant de la brasserie de Bédarieux et plus précisément de chez Vidal.

Grelots aux chevilles, l’accordéoniste, avec son «  jazz automatique » valait deux musiciens. Je me souviens encore de la marque de ce jazz : « AMERICAR-JAZZ ».

On faisait la marche du soufflet. Des gars habillés avec des pantalons anciens de femmes (ouverts) étaient munis de soufflets et l’un derrière l’autre se soufflaient dans le derrière.

Et « buffos i al trauc »… C’était la buffatière ou la danse du soufflet du Mardi Gras. Cet accordéoniste est venu pendant au moins vingt ans. Je n’ai jamais vu de char pour carnaval.

Par tradition, une semaine avant, la jeunesse faisait la virée. C’est-à-dire qu’ils faisaient du porte à porte, déguisés (essentiellement avec des vêtements usagés) représentant des personnages ou de scènes de vie comme une noce, un cortège, …et buvaient un coup chez les habitants.

Quant à l’accordéoniste, il avait pour habitude de confectionner des surprises qu’il vendait un certain prix, selon mes souvenirs, chères à mon goût. Ces surprises étaient du style de vente de sujet comme la très célèbre Joséphine Baker… Il se faisait toujours quelques sous… A l’entracte, il ouvrait sa valise et le commerce pouvait commencer.

Picou

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