Mélie et les lapins de garenne

Il nous a été rapporté, notamment par le Tou, que durant la guerre où la chasse était interdite, Mélie était une redoutable braconnière et en remontrait beaucoup aux plus matois des hommes.

Elle allait « placer » sur le causse et ramenait souvent un sac de jute rempli de lapins.

Dans ses vieux jours, à la laiterie, sur la parcelle où Jean-Louis a construit sa maison, ancienne parcelle emblavée où Aristide fauchait à la daille*, reposant sur sa chaise longue, elle a découvert une concentration de pètes*.

L’excitation est montée en flèche. Elle m’a dit tout de suite où était le matériel pour piéger. Le fer, la petite passoire pour tamiser la terre pour éviter que le piège soit visible. Elle a placé le piège et à petites touches sur la passoire emplie de fine terre a recouvert le fer. Mais le condamné n’est pas repassé sur son crotadou*

Voilà la passion intacte après tant d’années.  

Le maréchal* racontait aussi que l’on savait qui avait placé le fer quand on le relevait. Avant de tamiser la terre dans sa passoire elle mettait du journal ou souvent une vieille enveloppe dépliée sur les parties des fers du piège pour en améliorer encore le camouflage.

Ce qu’elle avait oublié, c’était que l’enveloppe portait le nom d’Olivier.  

* daille : faux
* pètes : crottes de lapin
* crotadou : lieu où les crottes s’amoncellent, toilette des lapins
* maréchal : à Joncels le maréchal ferrant  

Situations vécues : J.Pierre Crouzat

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