La sous-station électrique de traction

Elle a été construite sur une ancienne vigne qui, à l’époque, appartenait à la Compagnie. Ce terrain en forme de monticule a été aplani pour permettre la construction.

Lors des travaux il y avait beaucoup d’étrangers nord-africains. Les gardiens habitaient sur place. Ils faisaient les trois/huit. Deux logeaient chez Gayraud, père du maréchal qui réussissait à louer ses logements. La plateforme remblayée a été soutenue par un mur de dix mètres de haut à proximité immédiate du chemin de Saint Jacques de Compostelle.

Notre grand-père maternel, Jules Dedieu, catalan d’origine et alors résidant à Béziers où notre grand-mère Marguerite tenait une épicerie, a d’abord pris part vers 1931-33 avec son beau-frère  Laurent Sol électricien de métier, à l’électrification de la ligne Béziers-Neussargues. Cette tâche était en priorité dévolue aux catalans suite à un accord passé entre le gouvernement et les gestionnaires de la production d’électricité provenant des nombreux barrages pyrénéens. Jules Dedieu avait sans doute acquis ses connaissances sur l’électricité lors de son service militaire qu’il a effectué au poste des transmissions dans un des premiers sous-marins de la flotte française à Toulon. Il a été ensuite nommé en poste à Joncels en charge de la maintenance de la sous-station. Cette dernière a été construite par les allemands en compensation de la dette de 14-18 d’après René Vidal qui le tient lui-même du maréchal qui faisait commerce de sa « piquette » avec les ouvriers.

Une sous-station de traction est située sur une ligne de chemin de fer électrifiée. Elle permet l’alimentation en énergie électrique d’une section de cette ligne. En général une ligne comporte plusieurs sous-stations de traction, ce qui permet la marche des trains qui captent l’énergie électrique entre une ligne de contact et les rails de roulement. Elles sont généralement raccordées à un réseau électrique alternatif à haute tension. Leur fonction est d’abaisser cette tension à une valeur utilisable par les engins à moteur et, dans certains cas, de modifier la fréquence de la tension ou de la convertir en tension continue.

Du temps de notre grand-père la sous-station était automatisée grâce à une horloge réglée sur les horaires des trains pour démarrer deux groupes jumelés afin de réguler les surcharges d’électricité. Le train descendant, grâce à la poussée des wagons sur la locomotive, produisait une énergie transmise par les caténaires à la sous-station qui servait de relais. Des machines commutatrices de cinq à six mètres de haut servaient de génératrices à un alternateur pour fournir de l’énergie aux trains montants.

Cette ligne caténaire est la plus ancienne de France et fonctionnait en 1 500 volts. Le surplus d’énergie était revendu à EDF. Le travail consistait à veiller au bon fonctionnement et à l’entretien des machines, mais également à un nettoyage constant des poussières de charbon produites par les grandes turbines. Le charbon étant conducteur il fallait éviter que des escarbilles électriques ne les enflamment. L’importance du bâtiment se justifie par la taille des machines mais également du fait que, par temps orageux, de grands éclairs d’électricité se répercutaient sur tous les murs, évoquant de ce fait l’antre du diable ou d’un savant fou et rendant le poste peu attrayant pour les postulants gardiens.

Toutes ces machines et les nombreux cadrans de contrôle qui tapissaient tout un mur étaient essentiellement constitués de cuivre dont on ignore le sort lors de leur démantèlement. Notre grand-père était logé avec toute sa famille, sa femme, notre mère Laurence et sa sœur Solange de six ans son aînée, dans la maison de fonction qui jouxte la sous-station. Ils y sont demeurés jusqu’après la naissance dans cette même maison de Luc en 1953. Notre grand-père alors à la retraite retourna à Pézilla-la-Rivière près de Perpignan d’où il était originaire ainsi que notre grand-mère et où ils cultivèrent les quelques champs et vignes dont ils avaient hérité ou qu’ils avaient acquis.

De mémoire, Mrs Séréna de Béziers et Roqueplan de Bédarieux lui succédèrent qui, après la modernisation des installations faisaient le déplacement pour effectuer les relevés. Seyrès et Aldebert eux s’installèrent à Joncels ainsi que René Vidal qui épousa notre cousine Régine Courtès. La maison propriété de la SNCF fut louée à divers particuliers.  

Marie Dominique Courtès avec des inclusions de Picou

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