Joncels cité médiévale

Dès la sortie nord de Lunas, la route départementale 138, longeant la rivière du Graveson, vous conduit en quatre kilomètres et quelques virages au village de Joncels. 

Celui-ci est Planté sous les falaises du duc, entre vignes prairies et châtaigneraies, protégé à l’ouest par le Plo de cambre et à l’est par le Pé de moussu, vénérables collines aux flancs rebondis limitant les plateaux de I’Escandorgue et le causse de Gabriac contreforts des cévennes méridionales plafonnant entre cinq et six cent mètres d’altitude.

Ce n’est que depuis quelques années que le village médiéval de Joncels est sorti de des fortifications, et si l’on construit maintenant dans ses environs, une vue aérienne permet de suivre le tracé bien défini de la vieille cité ceinte jadis de remparts. On remarque également que l’Abbaye Bénédictine était une forteresse à l’intérieur de la place forte.

Par la route, ce n’est qu’au dernier virage qu’apparaît Joncels, dominé par son massif clocher carré de grés gris taillé dans les proches carrières par les bâtisseurs Wisigoths qui l’ont construit il y a maintenant mille ans. Mais à l’origine, cela commença par une légende …

LA LEGENDE

En ce temps-là, il y avait sur les hauteurs de Capimont qui dominent la vallée de l’Orb, une jeune bergère de seize qui gardait sagement ses moutons. Ce qui me direz-vous n’est pas très original car ce fût de tous temps la principale occupation des bergères !

Soit. Mais elle était fichtrement jolie cette petite Anne : svelte et souple dans sa robe de toile écrue qu’elle retroussait souvent en l’accrochant à sa large ceinture de cuir afin de courir plus Librement dans les collines, montrant loin des regards indiscrets ses longues jambes fines et musclées, sur lesquelles s’enroulaient les lanières de ses sandales. Et comme elle allait ainsi au soleil sa peau était délicatement bronzée et dans son visage juvénile éclataient un frais sourire sur des dents étincelantes et de grands yeux très clairs où l’on aurait pu voir passer les nuages. Tandis que son bonnet de dentelles noué sous le menton contenait mal une floraison de boucles dorées qui auréolaient son front lisse, croulaient sur ses fragiles épaules et cascadaient jusqu’au creux de ses reins gracieusement incurvés. 

Comme la jeune bergère était laborieuse, tout en surveillant son troupeau elle filait sa quenouille de chanvre roui, rêvant sans doute au prince charmant qui un jour peut être apparaîtrait au détour du sentier et l’emporterait sur son fier palefroi !

Ce jour-là le baron Issiates de Mourcoirol revenant de la chasse de fort mauvaise humeur, pestant et jurant contre les sangliers qui avaient malignement échappé à ses traits, surgit brusquement entre les buis et les genévriers. Grand et massif, avec sa barbe noire ses vilaines dents jaunes et ses yeux cruels il n’avait vraiment rien de charmant. Dans tout le pays le suivait une triste réputation de rustre et de reître, de mécréant et de forban! En apercevant la jeune bergère son regard pervers s’alluma et il décida aussitôt qu’il ne rentrerait point bredouille. Se caressant la barbe comme un fauve se pourlèche les babines il l’aborda ainsi :

— »Qui es-tu gente pastourelle ? Je ne te connais pas ! « 

Toute absorbée par sa besogne, la jeune fille n ‘avait pas entendu arriver le chasseur. Surprise elle se releva d’un bond et rabattit sa robe sur ses chevilles. Mais le soudard n’en avait que trop vu et le désir déjà luisait dans ses prunelles.

— »Je m’appelle Anne de Masalet 

— »Que voilà un joli prénom et qui te va si bien. Et toi tu me connais ?

— »Oui Seigneur. Vous êtes le baron de Mourcoirol Issiates eût un rire sardonique

— »Tu sais aussi ce que l’on dit de moi ? « 

— »Je le sais ». Et la pauvrette se signa. « Mais je suis encore puceIle Messire et ce serait grand péché que de me forcer ! « 

— »Par Béelzébuth, j’ai tant péchés sur la conscience qu’un de plus ne saurait rien changer à l’affaire ! Et celui de déflorer une vierge me paraît si délicieux à commettre que je ne saurais m’en priver ! 

Et il s’avança les mains ouvertes crochues comme des serres. Alors affolée Anne s’enfuit. Légère elle courait en bondissant dans les genêts et les abelans, perdant sa coiffe et sa quenouille, sa chevelure libérée flottant comme une oriflamme de lumière ! Si bien que le sire de Mourcoirol n ‘avait aucune peine à la suivre, faisant durer cette poursuite qui l’excitait au plus haut point, certain que sa proie ne pouvait lui échapper. Et en effet Anne se trouva rapidement bloquée au bord de la falaise. D’un côté le précipice, de l’autre le sinistre baron qui s’apprêtait à la saisir en ricanant

— »Alors ma douce gazelle te voilà enfin prise ? « 

— »Jamais S’écria la malheureuse. Il est vrai que jadis les bergères attachaient un grand prix à leur vertu. Et ne la perdaient que sous les plus odieuses contraintes. 

— »Plutôt la mort ! « 

Et elle se jeta dans le vide…

Dieu qui veille sur tout, et s’il a fermé les yeux sur beaucoup d’autres, décida ce jour-là qu’il ne pouvait laisser s’accomplir cette injustice. Et dépêcha sur le champ deux séraphins qui de leurs ailes d’azur soutinrent Anne de Masalet dans sa chute mortelle et la ramenèrent saine et sauve dans la ferme de ses parents !

Le diabolique baron voyant ainsi sa proie lui échapper lâcha une bordée de jurons et pour s’en emparer, dans sa rage irréfléchie se jeta à son tour du haut du rocher ! Hélas pour lui (heureusement pour la morale de cette histoire) Satan ne jugea point nécessaire de secourir son séide damné et aucun diablotin ne vint à son aide. Alors Issiates de Mourcoirol se fracassa les os au pied de la falaise !

C’est là que plus tard des hommes du Vicomte de Thézan le retrouvèrent mourant parmi les térébinthes. Ces braves chrétiens le transportèrent à I’Eg1ise de Saint Pierre de Rhédes afin que le prieur pût à temps lui administrer I ’extrême onction. Mais ce dernier reconnaissant le triste sire, fieffé suppôt du malin, préféra consulter Jéhovah. — »Absous ses péchés en mon nom ». Répondit le tout Puissant « mais à la condition qu’il achève son existence dans la pénitence en construisant un monastère à ma gloire. Alors ses membres brisés se ressouderont et ses plaies se refermeront !

Touché sans doute par un tardif repentir (peut-être aussi parce qu’il n’avait pas d’autre choix sinon le brasier infernal) le baron accepta aux limites de l’agonie. Alors le miracle s’accomplit. II revint à la vie, ses blessures guérirent rapidement et il retrouva l’usage de ses membres. N’emportant qu’un bâton et une besace il partit en marchand droit vers le nord. Et lorsque exténué il se coucha sur le sol pour dormir il dit :

— »C’est ici Seigneur que je bâtirai ton Eglise

II tint parole. Et tout d’abord Joncels s’appela Issiatés. 

Il y avait là une bonne source jaillissant dans les joncs. Le baron touché par la grâce divine construisit sa cella tout près « Joncs– Cella ». Peut-être est-il crédible de fixer là l’étymologie du nom actuel de notre village. 

Et la jolie bergère me demanderez-vous que devint elle ? Je sais que son sort ne vous laisse point indifférents. Et bien non elle ne rencontra pas de prince charmant. Le chercha-t-elle vraiment ? Plus simplement elle entra au couvent des Jaquettes à Béziers.

LES ORIGINES

De la prospère et puissante abbaye bénédictine connue au sous le nom de Saint Pierre de Lunas, il ne reste que des vestiges, très beaux certes, mais qui sous l’usure des siècles souffrent terriblement de l’érosion. Et qui demeurent les témoins irréfutables d’une époque où Joncels, cité florissante, était un relai sécurisant sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, entre Lodève et Saint Pons de Thomière.

Depuis la Cella d’Issiates, pêcheur repenti et ermite bâtisseur, quelle genèse amena moines et paysans dans cette haute vallée du Graveson, à mi-chemin entre quelques prairies alluvionnaires et de grands plateaux calcaires ?

Que reste-t ’il de l’œuvre originelle de ces ancêtres Wisigoths qui venus du nord après l’écroulement de l’empire Gallo—Romain des premiers siècles de notre ère fixèrent dans la région ? Sans doute convertis au Christianisme, fondèrent-il l’Abbaye, mais aucun écrit ne l’atteste. Et le premier des Abbés connu est Fructueux en 773. Quarante ans auparavant Charles Martel avait battu et arrêté les Sarrazins à Poitiers, Ces Sarrazins qui avaient ravagé le Languedoc et saccagé Joncels.

Depuis 771 Charlemagne créait le premier empire européen en battant les Lombards, les Saxons, les Bavarois les Avares et les Maures d’Espagne. Les Eglises et les monastères romans s’érigeaient un peu partout. Même les Capitaines de l’Empereur se transformaient en moines bâtisseurs : Wittiza fils d’Aigulphe, comte de Maguelonne d’origine Wisigothique qui déposa les armes pour la mitre en 773 après la prise de Pavie, et qui accepté dans l’ordre Bénédictin fonda Saint Sauveur d’Aniane : il est connu depuis sous le nom de Saint Benoit. De même Guillaume d’Orange, Duc d ‘Aquitaine et Comte de Toulouse contemporain de Roland le héros de Roncevaux. Après avoir participé activement à la conquête de Barcelone, et sans doute sur les conseils de Saint Benoît il créa en 804 l’Abbaye de GelIone, à quelques lieues d’Aniane et s’y retira en 806. Pour la postérité il deviendra Saint Guilhem et le village bâti prés de son abbaye Saint Guilhem le désert.

LE MOYEN AGE

A Joncels point de grand Saint défrayant la chronique, point de figure légendaire chantée par les Troubadours dans les chansons de gestes. Lentement, solidement, l’Abbaye s’agrandit par le nombre de ses religieux, par l’extension de ses constructions. En 909 elle est rattachée à celle de Saint Pierre de Psalmodi bâtie prés de Saint Laurent d’Aigouze (Gard) non loin du rivage méditerranéen. On peut supposer que les Bénédictins du littoral amenaient l’été leur troupeau paître dans la vallée du Graveson, ce qui aurait créé des liens étroits entre les deux communautés. Dès lors les Abbés portaient le titre jumelé : de Psalmodi et de Joncels. Cette union durera plus de deux siècles et sera rompue en 1139.

A cette époque l’Abbaye Joncelloise avait besoin d’un nouveau souffle. Il lui fût apporté par Saint Fulcran Evêque de Lodève qui œuvra grandement à sa restauration. Une bulle du Pape Innocent II rattacha alors vingt-huit Eglises à l’Abbaye Saint Pierre dont dix-huit dans le diocèse de Béziers, quatre dans celui de Rodez, deux dans celui d’Agde et une dans celui de Lodève ; Plus trois chapelles construites dans le village de Joncels où dans ses environs : Saint Félix, Saint Michel et Saint Saturnin. Hélas de ces dernières il ne subsiste pratiquement aucune trace.

En 1366 le Pape Urbain V affilie l’Abbaye Saint Pierre de Joncels à celle de Saint Victor de Marseille. Mais cette sujétion demeure très lâche, et l’on ne voyait qu’environ une fois tous les vingt ans un religieux Marseillais dépêché semble-t-il pour faire une inspection de routine. Seule contrainte acceptée par les moines Joncellois qui devaient déjà avoir des caboches de cévenols !

Au moyen âge l’Abbé était élu par les religieux profès. II était Seigneur haut bas et moyen de Joncels et de Roqueredonde et percevait la dîme du blé et autres grains, des agneaux, des poulets et des porcs. II jouissait du droit « agradel » possédait le moulin du village et touchait cent sous de droit sur le four banal. Lors de son élection les habitants de Joncels et de Requeredonde devaient lui payer un cadeau de quarante livres.

A partir de 1454, comme toutes celles de France l’Abbaye de Joncels dût subir la « Commende ». L’Abbé était alors nommé par le Roi. Il percevait un tiers des revenus de la communauté les deux autres revenant l’un à la « Commende » l’autre aux réparations de l’Eglise. L’Abbé Commendataire jouissait des prérogatives honorifiques mais ne dirigeait pas la discipline intérieure de l’Abbaye. Cette fonction revenait au Prieur Claustral, père spirituel qui lui était désigné par les moines.

En 1600 1’Abbaye possédait quatre prieurés forains. Ceilhes, Notre Dame de Nize, Tauriac et Canals. Les prieurs en titre étaient nommés parmi les religieux Joncellois.

Ceux-ci toutefois, au fil des années prenaient des libertés envers la règle monacale de Saint Benoît, et vers 1750 songeaient à résilier leurs vœux monastiques pour devenir des chanoines séculiers et transformer l’Eglise Abbatiale en église Collégiale. II était alors forte question de supprimer l’Abbaye de Joncels. Un brevet royal de 1761 autorisait Monseigneur de Bausset Evêque de Béziers à faire procéder à cette suppression. Mais ce n’est que pendant la Révolution, en 1790 que cette décision fût exécutée par les autorités civiles. L’Eglise devint paroissiale et les bâtiments monastiques furent vendus au titre de biens nationaux.

L’Abbaye de Saint Pierre avait vécu. Ce qu’il en demeurait dû subir de nombreuses mutilations durant près de deux siècles d’oubli.

L ABBAYE BENEDICTINE

Du monastère primitif qui devait exister au 8éme siècle il ne reste aucun vestige visible. Les parties de constructions qui demeurent datent vraisemblablement des débuts du 12ème.

La cour du cloître est devenue place publique pendant la Révolution sous la dénomination de Pradel (petit pré en langue occitane)

La galerie nord remodelée au 18ème et morcelée en habitations n’offre que peu d’intérêt architectural. Un long porche roman qui s’ouvre en son milieu permet par une venelle l’accès à la source qui a alimenté le village en eau potable jusqu’en 1950. Cette source est protégée par une voûte en arc brisé qui était adossée au rempart.  Malheureusement à une époque assez récente on l’a dotée d’un réservoir en béton qui ne permet plus d’en retrouver la facture initiale.

La salle capitulaire qui occupait l’aile Est s’est écroulée en 1938. II n’en reste qu’un portail à triple ressaut sous une archivolte de vingt-six claveaux aux teintes différentes. L’ornement de la voussure intermédiaire est composé d’un tore serti entre des bâtonnets en dent de scie. Les colonnes qui devaient se trouver sous les tailloirs ont disparu.

  La galerie ouest a été conservée à peu près dans son état d’origine bien qu’en partie cachée par une construction rapportée. Elle est constituée de quatre ensembles d’arcades identiques. Chaque ensemble est séparé par des piliers massifs avec contrefort soutenant les doubleaux intérieurs, Il est constitué de quatre arcatures à claveaux s’appuyant sur deux piliers rectangulaires à imposte par un sommier mitral et entr’eux sur des colonnettes géminées sous chapiteaux reliés d’un tailloir commun sculpté d’entrelacs. Entre les piliers de soutien ont été lancées deux arcades l’une en plein cintre l’autre surbaissée, sous—tendues par un bandeau horizontal. Hélas en 1710 les arcs plein cintre ont été éventrés pour laisser place à de grandes baies. C’est également au début du 18ème qu’a été ajoutée l’entrée monumentale côté Nord dans le style architecturai du grand siècle.

Depuis son érection de nombreuses modifications ont été apportées aux bâtiments du monastère, ce qui ne permet pas d’en retrouver exactement le plan de base. Mais on peut considérer sans se tromper qu’au moyen âge il constituait une forteresse à l’intérieur du village fortifié, comme l’atteste cette grande tour carrée élevée sur l’angle Nord-Est de l’Abbaye.

L’EGLISE ABBATIALE

Côté Sud du cloître se trouve l’Eglise, imposante bâtisse mesurant extérieurement 38 mètres de long sur 13 de large. Le chevet carré surmonté du clocher est doté de massifs d’angles reliés par de grandes arcades à mâchicoulis qui en faisaient une redoutable tour de défense. Les toitures qui devaient être couvertes de lauzes ont été refaites en tuiles plates ou en ardoises bleues. De même les portes romanes donnant sur la cour ou du côté Sud ont été murées. Et ont été remplacées au 16ème siècle par les portes actuelles. Epoque où l’Eglise a dû être revoûtée et modifiée.

A l’intérieur la nef large de huit mètres est divisée en cinq travées par de larges piliers à triple courbure, portant au sommet un écusson armorié et sur lesquels s’appuient les arcs doubleaux soutenant la voûte ogivale. Un malencontreux enduit grisâtre recouvre tout l’appareillage de construction. Le chœur lui-même n’a pas été épargné.

Seuls subsistent de l’Abbatiale romane les deux grands piliers circulaires et les chapiteaux décorés de feuillages qui portent l’arc triomphal au seuil du chevet.

DANS L’EGLISE

Sous le grand vitrail tourné vers l’orient, et occupant le fond du chœur, on remarque tout d’abord le retable en bois doré datant du 16ème siècle richement décoré, portant à gauche la statue de Saint Pierre à qui le sanctuaire était consacré et à droite celle de Saint Benoît créateur de l’ordre auquel appartenaient les moines de Joncels.

A noter également la stalle médiévale du Père Abbé, et sur le devant du chœur un groupe sculpté dans le noyer par un artiste inconnu du 18ème, et représentant Saint Michel terrassant Lucifer.  Derrière, fixé au pilier le fragment retrouvé d’une horloge Wisigothique.

Au milieu du chevet, à quelques mètres du grand autel classique de marbre, servant de support à un plateau de bois sur lequel officie actuellement le prêtre de la paroisse, se trouve un bloc rectangulaire de marbre haut d’un mètre vingt et large de soixante centimètres.

Il s’agit d’un autel-cippe demeuré très longtemps oublié au fond de l’Eglise. II semblerait que ce soit un rescapé de ces blocs funéraires destinés à des coutumes païennes antérieures à la période carolingienne et récupérés pour le culte chrétien. On n’en aurait trouvé qu’un autre dans la région, quelques-uns en Provence et très peu dans le reste de la France.

SAINT BENOIT LE ROMAIN

Dans le flanc Sud de la nef s’ouvre la chapelle dédiée à Saint Benoît où sont conservées ses reliques dans une belle châsse en bois doré datant du 18ème. Ce Benoît-là était un centurion romain mort en martyr pour n’avoir pas voulu renier sa foi durant la persécution de Dioclétien l’an 303 de notre ère.

Ses restes ont été exhumés sur ordre du Pape Innocent XII dans le cimetière de Calipode, authentifiées le 17 mars 1699 par l’Evêque de Porphyre et données en 1701 à Dominique de Tâche, prévôt de notre Dame des Anges à l’Isle sur Sorgue diocèse de Cavaillon. En 1733 ses héritiers en firent présent à Jean Joseph de Massilian Abbé commendataire de Joncels.

En 1858, suite à l’action tenace de Michel Aibram curé de la paroisse, la Sacrée Congrégation des Rites autorise deux fêtes en l’honneur du martyr, le 24 avril et le premier dimanche de Septembre. Jusqu’à ces dernières années le 24 avril était un jour chômé par les Joncellois. A la fin des Vêpres la châsse de Saint Benoît était portée en procession dans les rues du village tandis que l’on chantait le cantique spécialement composé par Michel Aibram. Actuellement cette fête commémorative est réduite à sa plus simple expression. Si le 24 avril tombe un jour de semaine la cérémonie est reportée au dimanche suivant la promenade annuelle de Saint Benoît se limite à la place de l’Eglise 

LE BIENHEUREUX GUILLEMINET

Sur le côté Nord de l’Eglise on peut remarquer le vitrail représentant un religieux menacé par des sans culottes armés. II s’agit de Jean Antoine Guilleminet né à Bédarieux le 4 janvier 1738. Clerc du vicaire de la paroisse Saint Alexandre il est pourvu en 1757 soit à 19 ans d’un canonicat avec prébende au Chapitre Abbatial Saint Pierre de Joncels.

II demeurera dix ans au monastère bénédictin et le quittera pour monter à Paris. En 1781 il est prêtre auxiliaire à la paroisse Saint Roch. En 1790 il refuse de prêter serment à la constitution et doit se cacher. Arrêté en Août 1792, il est enfermé dans l’Eglise des Carmes déchaussés rue Vaugirard transformée en prison. C’est là qu’il sera assassiné lors du massacre du 2 septembre.

Afin de perpétuer sa mémoire la paroisse de Joncels s’est cotisée pour dédier le vitrail à Guilleminet dit le Bienheureux.

LISTE DES ABBES DE JONCELS

LE VILLAGE

La localité de Joncels existait elle avant son abbaye ? Dans quelle mesure la vallée du Graveson a-t’elle été habitée dès la préhistoire où au début de notre ère ? On a bien retrouvé dans les environs quelques dolmens ou pierres de sacrifice prouvant bien que les Gaulois étaient nos ancêtres, mais rien ne peut ni affirmer ni infirmer l’existence réelle de la Villa Issiates.

Tout ce qui demeure c’est cette cité médiévale ceinturée de murailles dans lesquelles on a percé des fenêtres lorsque les habitations se sont greffées dessus. On peut suivre les remparts en de nombreux endroits lorsqu’ils n’ont pas été détruits pour laisser place à des voies d’accès. Ainsi a disparu la porte Nord. La porte Sud a été conservée, mais éventrée lorsque la dimension des charrettes ne leur permettait plus de la franchir. Ainsi a été mutilée de la même façon la porte orientale du cloître, dont l’originalité réside en son arc fait de vingt claveaux très longs et très étroits.

Le plan intérieur de l’Agglomération bâtie sur la pente est d’une rare simplicité : la traversant sur l’axe Nord—Sud l’artère principale dite Grand Rue, et partant de celle-ci quatre venelles coupant droit vers l’orient : La rue de l’Auguillerie, la rue Bombe cul la rue des Ecuries et la rue Castel Motou. Des arcs de soutien relient les maisons en de nombreux endroits, et certaines de ces ruelles ne paraissent pas avoir tellement évolué depuis le moyen âge.

II semblerait aussi que la population qui devait être composée d’artisans de bergers et d’agriculteurs devait compter quelques familles bourgeoises ou de basse noblesse car l’on retrouve des entrées de demeures portant écusson.

Actuellement la commune dont la superficie est de 4624 hectares ne compte que deux cent habitants. Depuis le début du siècle les hameaux et les fermes se sont dépeuplées, certains se sont écroulés dans les ronces. Pourtant les vieilles maisons, tant dans le chef-lieu que dans les écarts sont rachetées et restaurées beaucoup par des Européens. Peut-on encore parler d’Etrangers quand il s’agit d’Anglais de Belges d’Allemands ou de Hollandais ? Généralement elles sont à usage de résidences secondaires, mais qu’importe notre commune aux paysages si diversifiés ne deviendra pas une friche abandonnée semée de ruines. Et la richesse historique et archéologique de son abbaye romane mérite mieux que l’oubli définitif.

C’est dans ce but, afin d’aider à sa re-découverte, et nous l’espérons à sa conservation que nous avons écrit à l’usage de tous ce modeste ouvrage.

Joncels, le 8 Novembre 1989

Guy Courtes

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