DOLMEN DE LA PLANQUETTE
(JONCELS, 34)
HISTORIQUE DES RECHERCHES
Une équipe d’archéologues et de chercheurs à présidé et participé aux fouilles qui ont mis en évidence une structure de type Dolmen :
Responsable d’opération :
Anne-Lise RIVIÈRE, Master 2 Recherche
Université Paul Valéry, Montpellier III.
Direction scientifique :
Jean-Paul CROS, Anthropologue, UMR 7041, Paris X.
X. GUTHERZ, Université Paul Valéry, Montpellier III — UMR 5140, Lattes.
Coopération scientifique :
Roger JOUSSAUME, UMR 7041, Paris X.
Sondage
Le dolmen de la Planquette a été découvert récemment sur la commune de Joncels dans le département de l’Hérault. En effet, au début de l’année 2004, le propriétaire Rémy PAILLES a informé la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault de l’existence probable d’un dolmen dans sa parcelle viticole.
À ce stade, il était difficile d’approfondir l’analyse de ce mégalithe, mais il semble de plus en plus probable que la chambre soit inviolée depuis sa (ré) utilisation à l’âge du Bronze. Le « squelette » du monument était à présent visible et nous amenait à penser que nous étions face à un dolmen à couloir de type languedocien, bien que situé aux marges de la zone d’implantation de ce type architectural, centré sur les garrigues du Languedoc Oriental.
Objectifs de la fouille
Chambre sépulcrale
Il nous était offert la rare opportunité de pouvoir étudier un dépôt funéraire dans un monument mégalithique. Les objectifs de cette fouille étaient de mettre en évidence les diverses périodes d’utilisation, ainsi que la dynamique de ces dépôts et leur évolution taphonomique. Le travail sur l’architecture du monument nous donne des arguments pour penser à deux phases d’utilisation (édification au Néolithique Final, réutilisation à l’Âge du Bronze). Ainsi, il était intéressant de confronter l’étude de la chambre sépulcrale à ces hypothèses de départ.
La chambre est de petite taille, 4 m2 environ et a accueilli à l’évidence plusieurs sujets.
Il existe dans cette chambre des ossements d’animaux et des ossements humains. Les niveaux supérieurs contiennent exclusivement des ossements animaux, puis les restes humains apparaissent, et leur présence est presque exclusive dans les derniers niveaux fouillés à ce jour.
(Cette année) plus de 700 poches ont été rajoutées aux précédentes et 4 passes de décapage et relevés manuels ont été réalisés. Nous sommes en présence d’une sépulture collective. Toutes les parties du squelette sont représentées, en particulier les petits os des extrémités. Il s’agit donc bien de sépultures primaires, les défunts étaient placés dans la chambre au fur et à mesure de leur décès. Il y a eu « gestion » à l’intérieur de cette chambre puisque l’on observe de nombreux rangements d’ossements. Les grands os longs sont situés préférentiellement au fond de la chambre, les crânes sont situés en périphérie. Cette gestion avait pour but de dégager de l’espace, et de libérer la zone située en arrière de la dalle échancrée. Pour le NMI, nous étions en 2009 à 8 individus (5 adultes, 3 enfants), nous serions donc pour le moment fin 2010 autour de 12 individus, 8 adultes et 4 enfants.
NATURE DU SITE DE LA PLANQUETTE
Nous sommes en présence d’un monument mégalithique funéraire de type dolmen. La chambre est quadrangulaire, limitée latéralement par deux orthostates, au fond par une dalle de chevet engagée et la jonction chambre-couloir est marquée par une dalle échancrée. Nous ignorions si nous devions attribuer à l’espace qui permet l’accès à la chambre la dénomination de couloir ou d’antichambre. La fouille de 2007 a levé le doute, il n’existe pas d’antichambre. Il est possible d’en faire une description succincte : ladite structure est limitée par deux parements constitués chacun en partie par une dalle d’une longueur de 1,45 m environ, élaborée à l’est dans du grès, à l’ouest, dans du calcaire. Ces deux dalles sont surmontées d’un mur construit en petit appareil. L’extrémité sud de ce couloir a été amputée par la construction d’un mur de soutènement de terrasses. La partie dégagée jusqu’à présent contenait quelques ossements humains.
La dalle de couverture n’est plus à son emplacement d’origine. Il est possible que celle-ci serve « de plafond » à un système d’écoulement d’eau, percé dans un mur de soutènement, qui est situé plus bas dans la pente. Cette chambre sépulcrale possède dans sa moitié inférieure un important remplissage funéraire, à priori bien conservé (milieu calcaire). Le tertre est un cairn de pierres qui existe encore dans les secteurs est et nord. Il a été largement détruit dans les secteurs sud et surtout ouest par des prélèvements anthropiques récents (construction des murs des terrasses). Au stade actuel de la fouille, aucune structuration interne ne semble apparaître au sein de ce tumulus, mais il faudra le dégager entièrement pour s’en assurer.
Ce monument appartient de toute évidence à la grande famille des dolmens languedociens. La chambre est axée nord-sud et sa position par rapport au couloir lui donne une forme en P. Il est probable que sa période d’érection soit le Néolithique Final cependant, il a été réutilisé à l’âge du Bronze, comme le montrent les quelques objets déjà découverts. Ce monument funéraire présente de nombreuses particularités qui rendent son étude très intéressante. Six points principaux peuvent être soulignés :
1°) Il a été récemment découvert et la chambre sépulcrale semble intacte. En ce qui concerne le tumulus, celui-ci a certes subi un gros épierrement dans les secteurs ouest et sud, mais son étude pourra être réalisée dans les secteurs nord et est, où il a été recouvert par un important colluvionnement et donc protégé des prélèvements anthropiques.
2°) On note également une implantation atypique sur une pente très prononcée (28 %, ce qui est la limite d’un éboulis), alors que la plupart des monuments sont localisés sur des points hauts. La fouille cherchera à tester l’hypothèse de la construction du monument funéraire sur une terrasse d’origine naturelle ou anthropique.
3°) Son orientation nord-sud est inhabituelle pour les monuments de cette zone.
4°) De surcroît, il est exceptionnel dans ce secteur d’avoir affaire à un mégalithe édifié en terrain calcaire dans lequel les ossements humains et animaux sont conservés. Cette information va permettre pour la première fois dans ce secteur une étude anthropologique sur un échantillon de la population inhumée. Nous savons que cette opération a rarement été effectuée dans la région (fouilles non exhaustives, chambres anciennement vidées, monuments implantés dans des terrains acides dans lesquels les éléments osseux ne se conservent pas, etc..).
5°) Ses bâtisseurs ont employé lors de son édification deux matériaux différents (calcaire et grès). Il sera nécessaire de procéder à une étude environnementale « large » et à une recherche précise sur l’origine pétrographique afin de mieux comprendre les raisons de leur choix.
6°) La fouille exhaustive du dolmen de la Planquette dans des conditions optimales est envisageable grâce à plusieurs facteurs déterminants. On pense en premier lieu à la taille relativement modeste du monument et à sa relative facilité d’accès.
PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE
La réunion de toutes ces compétences va nous donner la possibilité de rajeunir la vision que nous avions sur les formes architecturales mégalithiques et par conséquent d’ouvrir la voie à l’apport d’informations supplémentaires. Le chantier de l’année 2007 a été centré exclusivement sur l’approfondissement des données concernant le tumulus. Après décapage du fort colluvionnement de pente, nous avons étudié la partie est de celui-ci, assez bien conservée. Une fouille fine s’est attachée à mettre en évidence l’agencement interne du cairn, son mode de construction, les modifications et les reprises éventuelles. Dans nos régions, ü existe un manque patent de renseignements concernant cette partie des monuments funéraires. Le pillage, les fouilles anciennes ont conduit à ce que certains de ces monuments aient perdu leur caractère originel. Il est certain que l’étude de la totalité d’un mégalithe n’a jamais été entreprise dans les environs immédiats du dolmen de la Planquette, les fouilles relativement anciennes n’ayant pas un caractère exhaustif et les problématiques de travail de l’époque étant dirigées vers d’autres objectifs.
Il se pose encore de nombreuses questions sur ces édifices funéraires. Depuis longtemps, il a été constaté une grande variabilité architecturale. C’est pour nous l’occasion de débattre une nouvelle fois des questions de structure tumulaire, d’orientation et de diversité des matériaux utilisés. Le dolmen de la Planquette offre la rare possibilité de travailler sur un monument dont l’étude nous amènera peut-être à comprendre autres l’agencement global d’un ensemble dolménique, les raisons du choix concernant son implantation ainsi que les techniques et les règles appliquées à son édification. Rappelons aussi que la vision de ce type de monument ne doit pas être un « instantané », mais inscrite dans une certaine durée. Ce sont des sépultures collectives, qui ont eu par définition une certaine durée d’utilisation, ce qui sous-entend des phases de réaménagement, de restauration, de condamnation… Entre le moment de leur édification et leur fin d’utilisation, ils ont eu « une vie » faite de dépôts de nouveaux défunts, de gestion de l’espace funéraire, de cérémonies de souvenir ou commémoratives. L’ensemble de ces faits ont peut-être laissé des traces archéologiques qu’un travail méticuleux arrivera, nous l’espérons, à démêler au moins en partie…
Trois éléments essentiels sont à exposer :
1°) Il est nécessaire de réaliser une fouille exhaustive du tumulus, jusqu’au sol naturel. Le dégagement des différents secteurs pourra nous renseigner sur la forme de celui-ci. Il sera important de déterminer la forme primitive de ce cairn car nous savons désormais, par le biais de fouilles récentes, que la plupart présentent des structures internes, parements circulaires ou lignes radiales de pierres qui sont des solutions techniques afin d’assurer la stabilité de l’ensemble mais aussi quelquefois des « marqueurs locaux ». Des cas bien différents sont parfois visibles sur un même mégalithe funéraire pouvant se traduire par des murettes, des dalles verticalisées, des couronnes internes, des cellules… Il convient alors pour le dolmen de la Planquette de noter tous les mouvements d’effondrement des dalles afin de déterminer un schéma de construction. La fouille de 2007 a mis en évidence un cairn aux limites apparemment circulaires, qui ne semble pas pour l’instant montrer de structuration interne. Nous sommes, pour le moment, restés en surface, le démontage de certaines parties prévu pour 2008 nous amènera peut-être à modifier cette vision.
Nous avons mis au jour sur le côté sud les restes d’un parement mégalithique fait de grosses dalles bien agencées. Ce dernier a malheureusement subi de très importants prélèvements, mais l’image que nous pouvons avoir dès à présent de la façade sud du monument, à l’époque de son utilisation, est celle d’un parement bien construit et bien agencé qui devait donner un aspect imposant et marquant de la sépulture dans le paysage.
Côté est, de gros blocs semblent marquer une structure de condamnation, ils semblent en effet s’appuyer sur la véritable façade du monument, elle aussi mégalithique comme la partie sud. Néanmoins, tout cela a été mis au jour à la fin du chantier et demandera confirmation et explicitations lors de la campagne de fouilles de 2008.
2°) Le sondage de 2005 et la fouille de cette année ont clairement montré que la construction du monument fait appel à deux types de roches, qui sont le grès et le calcaire. Il s’impose de réaliser une étude géologique puisqu’il semble que les grès viennent du versant ouest de la vallée : toutefois cette information reste à vérifier. Les affleurements de calcaire sont abondants sur le site d’implantation, il se pose alors la question des raisons de ce transport à distance. La fouille de 2007 a confirmé la présence dans tout le cairn de ces deux types de roches. Leur répartition semble pour le moment aléatoire, mais là encore, seule l’étude exhaustive de leurs positionnements respectifs à la fin de la fouille pourra confirmer ou infirmer cette donnée.
Rejoignant l’étude pétrographique, une approche environnementale sera nécessaire afin de replacer ce mégalithe dans son milieu naturel au Néolithique Final et à l’Âge du Bronze. Certaines interrogations telles que l’impact de l’homme sur cette vallée, le lieu d’implantation des habitats, ou encore l’ampleur de la mise en culture et du défrichement seront abordées. Il nous a semblé alors précieux d’essayer de restituer les paléo-paysages qu’ils soient agricoles ou non afin d’obtenir une meilleure compréhension des relations que ces sociétés d’agriculteurs / éleveurs avaient avec leur environnement immédiat.
3°) Nous avons également l’occasion de concentrer notre étude sur le choix du site funéraire. Quelles sont les raisons de son implantation à cet endroit précis ? Des informations pertinentes peuvent être apportées par la fouille ; ainsi un surcreusement ou des traces de rubéfaction sur le paléosol seraient en mesure de révéler des occupations plus anciennes ou des aménagements volontaires précédant de peu l’implantation. Néanmoins, il n’est pas à écarter la possibilité que le mégalithe soit élevé sur un support rocheux. L’exploration du sol sous-jacent permettra d’évaluer si le dolmen de la Planquette a pu être implanté, comme cela fut quelques fois le cas, sur un lieu d’habitat antérieur.
On constate aisément que le monument est situé dans la pente est d’une petite vallée orientée Nord-Sud. Il est fort probable qu’il a certainement été construit sur une zone horizontale : cependant il faudra déterminer si cette terrasse est naturelle ou aménagée. Pour des chercheurs du XXIème siècle, il semble surprenant d’installer un mégalithe sur un éboulis de pente (280/0), dans une zone où les ravinements d’eau déclenchés par les gros orages peuvent poser d’importants problèmes de dégradations.
Des éléments prégnants ont dû être à l’origine de cette implantation pour le moins surprenante par les gens du Néolithique final.
L’ensemble des indices collectés pourra amener à déterminer une chronologie de la construction du mégalithe. Nous sommes conscients du fait que la découverte d’incinérations de l’Âge du Fer ne sont pas exclues, tout comme des remaniements effectués en particulier lors de la réutilisation du monument à l’Âge du Bronze.
Le second axe de recherche concernant ce monument ne sera entamé qu’à partir de l’année 2008. En effet, la chambre sépulcrale bénéficiera d’une fouille anthropologique complète. Dans le cas présent, nous envisageons une approche regroupant des disciplines possédant une même problématique. Ainsi, les informations collectées touchent les domaines de la démographie préhistorique, en passant par la restitution d’une population vivante et en s’attachant au mode de recrutement de la sépulture.
L’analyse des structures se fera au moyen d’une fouille ostéologique incluant le décapage et l’enregistrement des données dans les trois plans de l’espace, à l’aide de dessins manuels et de couvertures photos numériques. Nous espérons ainsi pouvoir reconnaître les comportements funéraires qui nous permettront de reconstituer « l’histoire sépulcrale du monument ».
Les travaux précités donneront l’occasion, pour la première fois dans le secteur, de réaliser une étude approfondie sur le contenu d’une chambre funéraire mégalithique. La présence d’ores et déjà avérée de plusieurs époques d’utilisation (Néolithique Final probable, Bronze Ancien vérifié) nous amènera à rechercher les éventuelles modifications architecturales de la tombe au cours de sa période d’utilisation.
METHODOLOGIE
Bien qu’elle soit juste abordée, l’étude de la chambre funéraire, initiée en 2008, nous apporte quelques données :
– Il s’agit bien d’une sépulture collective.
– Il semble s’agir de sépultures primaires.
– Il ne semble pas exister de sélection au moins sur l’âge pour cette chambre : le NMI actuel (très provisoire) donne trois adultes et deux enfants.
– Les ossements, animaux et humains, sont noyés dans une grande quantité de pierres. En ce qui concerne la partie haute, qui contient exclusivement des ossements d’animaux, une datation au 1er siècle de notre ère montre que cette chambre a servi de « poubelle » à l’époque gallo-romaine. La poursuite de la fouille en 2009, en atteignant les dépôts funéraires humains situés plus bas, devrait nous offrir des zones moins perturbées et contenant moins de pierres.
La fouille de 2008 a mis au jour quelques restes d’animaux associés aux dépôts humains. A terme, l’objectif est de se faire une idée de la végétation et du climat environnants à partir des ossements récoltés et de la liste des animaux répertoriés, tout en étant conscients des nombreux biais qui existent en extrapolant des données obtenues uniquement à partir du domaine funéraire.
Le caractère interdisciplinaire du chantier de la Planquette amène à concevoir le même objectif de reconstitution de la végétation au travers de la palynologie. L’exploitation des diagrammes polliniques va permettre d’appréhender une stratégie plus large. Grâce à la précision de leurs données, nous serons à même de comprendre la dynamique de l’anthropisation, de confronter les données avec l’archéologie afin d’identifier l’occupation des sols. On pourra envisager une mosaïque de paysages qu’il faudra combiner avec la topographie générale du terrain, le drainage local et l’impact des populations sur la végétation.
Nous espérons également que leg techniques palynologiques pourront nous fournir des données complémentaires sur d’éventuels niveaux antérieurs sur lesquels le tumulus pourrait être implanté. Ce cas de figure est déjà connu sur d’autres sites fouillés, où des traces d’habitats sous-jacents ont été détectées par ces méthodes.
Notre démarche pluridisciplinaire tentera d’apporter des réponses, en se greffant aux trois axes majeurs qui ont été retenus :
– Etablir une cartographie géomorphologique dans un environnement tridimensionnel afin de l’apposer sur une carte topographique. Ainsi, il sera possible de distinguer les processus qui ont modelé le paysage. Par la même occasion, il est envisagé de mettre en œuvre une approche géoarchéologique afin de parvenir à une compréhension des paléoenvironnements, des processus morphodynamiques, ainsi que des logiques ayant déterminé l’implantation de cet espace funéraire.
– Comprendre la dynamique du bassin versant, tout d’abord par l’observation des réseaux (drainage, hydrauliques), puis par la production détritique et enfin par des données sédimentaires. Ces éléments seront complétés par une approche systématique prenant en considération la diversité et la complexité du bassin de manière à obtenir une compréhension plus large du fonctionnement dynamique sédimentaire et des épisodes torrentiels qui le nourrissent. En particulier, il sera tenté d’appréhender l’impact qu’a eu la construction des terrasses « modernes » (depuis au moins le XIIème siècle) sur le monument. En effet, la construction de murs de soutènement en pierre sèche, afin de drainer l’écoulement temporaire de gros flux d’eau venant de la combe a certes détruit la partie sud du dolmen, mais a participé probablement à le protéger.
Une première analyse succincte dans la grande coupe est en limite de fouille montre que l’écoulement torrentiel et le colluvionnement ont changé de direction à un moment donné. Il sera intéressant de voir si on peut corréler cette observation à un évènement précis, comme par exemple, la construction de certains murs en pierre sèche…
– Définir des caractéristiques géomorpho-métriques locales, par l’interprétation du découpage stratigraphique. Il est également souhaitable de souligner l’impact de l’installation du mégalithe sur la géomorphologie actuelle. Cette approche nous permettra de mieux cerner la paléographie du site de la Planquette, et de permettre une meilleure compréhension des événements et du contexte impliquant le choix de I ‘implantation.
Les deux campagnes de fouille nous ont permis de réaliser plusieurs coupes dans le secteur est. Aux trois coupes de la tranchée est, sont venues se rajouter, en 2008, une coupe sud-nord parallèle au parement est du cairn, et une autre de même orientation au nord-est en limite de fouille. Ces coupes vont permettre en 2009 une étude géomorphologique du colluvionnement de pente qui a noyé le dolmen. Nous avons eu la chance de trouver un petit foyer inclus dans le colluvionnement de la tranchée est ; sa datation 560 à – 390 av. n. ère nous permet d’obtenir une chronologie plus précise de la mise en place de ces niveaux.
Comme nous l’avons déjà dit précédemment, le sondage réalisé en 2005 et les fouilles de 2007 et 2008 ont fait apparaître deux roches principales ayant servi à la construction du monument : calcaire et grès. Les affleurements calcaires sont présents à côté du monument, et il semble également exister quelques bancs de grès. L’origine des matériaux semble donc locale et n’a pas nécessité de transport à distance. Cette recherche géologique nous amènera également à établir si des liens étroits existent entre la structure architecturale funéraire, l’environnement, la géologie locale et pour finir l’éventuel intérêt mécanique des deux matériaux utilisés. De même, l’identification par le géomorphologue des modifications de la topographie et de la structure des sols permettra de déterminer si des impacts anthropiques ont eu lieu avant l’implantation du tumulus.
Quatre datations sont désormais disponibles pour le dolmen de la Planquette. Des charbons de bois trouvés à la base du parement mégalithique du côté est du monument donnent une date entre 3350 et 3020 av. n. ère. Nous sommes là dans la période Néo final Chalcolithique. Compte tenu des datations des plus anciennes métallurgies du cuivre du site de la Capitelle du Broum à Péret, nous ne sommes pas forcés de faire intervenir une réutilisation du monument à l’Age du bronze afin d’expliquer la présence de cuivre trouvée sur le site. La suite de la fouille du cairn et de la chambre viendra probablement infirmer ou confirmer ces hypothèses. Deux dents du couloir donnent une date entre 2920 et 2850 av. n. ère. Nous avons là peut-être la phase finale de l’utilisation du monument, avec des dépôts de corps dans le couloir lorsque la chambre fut pleine et/ou condamnée. Il peut s’agir également de restes de vidange de chambre.
Les deux autres datations concernent le petit foyer de la tranchée est et un ossement de faune du niveau supérieur de la chambre sépulcrale (respectivement -560 à -390 av. n. ère et + 20 à + 180 de n. ère, cf plus haut).
En ce qui concerne la restauration du monument, le propriétaire Rémy PAILLES, Conseiller Général et Maire de la commune, souhaite ardemment remettre en état le dolmen de la Planquette. De notre côté, nous avons également envisagé la restauration de ce monument. Après vérification que la dalle de couverture de la chambre se trouve bien en contrebas du dolmen, il sera envisageable de redonner à ce mégalithe son aspect initial. Des produits adaptés seront à envisager pour le remontage du monument afin d’éviter la dégradation occasionnée par le temps. La restauration impliquerait également l’aménagement des abords afin de recevoir le public tout en respectant un cadre naturel. Par la même occasion, nous ferons le nécessaire pour qu’une protection juridique soit accordée.
Extrait du dossier des fouilles fourni par Josette Paillès

