Le 14 juillet

Avant la guerre de 39 on fêtait le 14 juillet.

Veille de la fête, il fallait préparer la piste de danse qui se trouvait en bas de la Ramade. Avant que ce soit goudronné, on préparait la piste une semaine avant avec de la bouse de vache. Chaque jour, il fallait aller chercher de la bouse que l’on mettait dans une comporte, que l’on délayait et que l’on mettait sur le sol, en couches successives jusqu’à obtenir une couche d’environ dix centimètres faisant ainsi un bon revêtement.

Pendant la fête, avant d’aller souper, on arrosait le sol pour maintenir l’humidité et afin que ça ne se dégrade pas.

On plantait également des poteaux autour de la piste que l’on habillait avec des buis ficelés. On mettait des «  adossoirs »  tout autour que l’on appelait rampe. Ils étaient fabriqués avec des câbles électriques que l’on habillait de buis. On faisait des guirlandes avec des « aspergières » et avant qu’il y ait la lumière on mettait des lampes vénitiennes (genres de lampions).

Il n’y avait pas de sonorisation. Les musiciens avaient des joues de « trompétaïres » du moment. Il y avait le café Galzin, qui dans la rue principale, servait des boissons payées par la municipalité : limonades et bières panachées. C’est la brasserie de Bédarieux qui venait livrer. La Mairie dans son budget avait prévu d’offrir des pétards aux enfants, de plus en plus longs selon l’âge.

On faisait venir un orchestre, selon les finances du moment. Il y avait la présentation de la « pomme ». C’était une jolie pomme qui se présentait tenue sur 4 pièces de 5 francs en argent (un écu), ancrées dans la chair, faisant ainsi piédestal. Pour attirer les dons on plaçait un joli billet coincé sous la pomme. On allait de porte en porte, lorsque tout le monde était à table, afin de récolter un maximum d’argent. Les musiciens nous suivaient.

A l’entrée du bal, une cocarde était agrafée par un couple de femmes du pays sur le rebord de la chemise de l’étranger pour l’inciter à verser son don, aidant le financement de la fête… La fête durait trois jours. Le samedi soir les musiciens faisaient les « aubades » aux jeunes filles appelées les « sérénades ». On faisait juste une série de danse (une valse, une java, un fox, une marche, un tango, un paso-doble). La série terminée, on rentrait car il fallait penser au lendemain.

            Les mères venaient au bal jusqu’à une certaine heure. Le bal se terminait par « la danse de l’escargot ». Quand il était fini il allait se perdre dans les chemins des jardins… je me souviens encore des odeurs particulières environnantes… !!! Heureusement que les filles étaient bien parfumées !

            Je me souviens, on écrivait « bonne fête » à la craie sur les portes…  

            Sous l’occupation, les bals étaient interdits. Avec toute la bande de copains, on descendait avec le car départemental payé par le conseil général pour aller au cinéma et l’on remontait à pied… On ne voyait pas le temps passer.

Une anecdote : au cinéma, quand les actualités passaient, on y voyait donc des allemands. Dans la salle le monde sifflait, chahutait…ça ne plaisait pas ! 

On organisait quand même quelques bals clandestins, sans plus.

Après l’occupation, à l’Armistice de 39-45, ce fût la fête de LA LIBERATION  

Le jour de la libération, je me souviens, j’étais à la vigne et Ernest Azémar semait les haricots. On a entendu les cloches sonner. On se doutait, suite aux dernières annonces que le jour J était arrivé, c’était LA LIBERATION. On a planté les outils  en terre (le bigos) et nous sommes montés à la calade. Les cloches sonnaient à la volée. On portait du vin blanc au sonneur. Le soir même on organisait un bal. Brousse avait monté une buvette à la Ramade contre le mur de Guibert. L’accordéoniste est monté du Bousquet. C’est Brousse qui tenait l’Agence Postale  qui l’avait de suite contacté.

Le grand-père de Jeannot Javalois avait fabriqué à sa façon un instrument de musique et battait la mesure en accompagnant l’accordéoniste. Cet instrument fabriqué était un bambou d’environ quarante centimètres de long, fendu par moitié et, en tapant sur le fond, cela faisait des vibrations et un accompagnement formidable !

On a fait la fête pendant une semaine, excepté un jour où ce fût « relâche » ou « camarot ».

On avait arrêté le travail, le cheval était en congé. La population, avec le peu de farine dont elle disposait avait préparé des gâteaux pour le « contentement ».

Au bout d’une semaine, il a bien fallu reprendre le travail, nous retournions donc à nos occupations, la vie reprenait.

Picou

⬅ Retour à la page


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *