J’ai travaillé à la Plâtrière

Le berger du Plô de Cambre vient de rencontrer Benoît Maurin. Cet ami d’enfance a bien voulu transmettre un texte de son crû sur la plâtrière de Joncels où il a travaillé.

Du village, en regardant vers le sud-ouest, le visiteur peut encore apercevoir l’ancien four à plâtre, dressé au sommet du Causse de l’Avencou, qui, avec la galerie, sont les seuls vestiges indiquant qu’une activité industrielle, aussi courte fut-elle, a toutefois existé à Joncels.

Les marcheurs désireux de s’y rendre, prendront un chemin bien repéré mais, pour aller au plus près du four, il faudra être vêtu de vêtements longs, porter de bonnes chaussures, car la nature a repris ses droits depuis longtemps.

La plâtrière a vu le jour au début des années trente, peu après la construction de l’usine électrique qui a permis l’électrification de la ligne de chemin de fer Béziers-Neussargues.

Une galerie a été creusée pour extraire le gypse transporté par téléphérique jusqu’à l’entrée du village où l’usine était installée.

Le début de la deuxième guerre mondiale a-t-il précipité la fin de cette activité ? Seuls nos aînés pourraient nous le dire.

J’ai le souvenir, qu’à la fin de la guerre, ne subsistaient que les vestiges du plateau de réception du gypse près de la maison de « Laure », quelques pans de murs de l’usine et le transformateur électrique.

Nous étions des enfants de 8 à 10 ans qui passions, dans ce décor de cinéma, de longs moments à inventer des jeux, à devenir gendarmes ou voleurs, indiens ou cow-boys s’il ne nous prenait pas la fantaisie de temps à autre, de rechercher un trésor enfoui là, depuis des lustres.

Il faudra attendre les années 1957/1958 pour que renaisse la plâtrière.

Deux entrepreneurs venus du Maroc s’étaient associés pour faire revivre l’entreprise. Ils ont décidé de regrouper plâtrière et plâtrerie sur le même site : le Causse de l’Avencou. Quatre ouvriers de Joncels et des environs ont été embauchés. Dans un premier temps, il fallait restaurer la galerie et bâtir l’usine : le four puis les bâtiments qui vont permettre l’élaboration, le conditionnement et le transport du plâtre.

Pour exploiter le gisement, il fallait plus de personnel. C’est là que nous allons intervenir. Nous étions trois jeunes joncellois, plus ou moins désoeuvrés, pas encore fixés sur notre orientation professionnelle mais décidés à gagner quelques sous et entrer dans le monde des adultes ; aucune compétence mais beaucoup de bonne volonté ! Les anciens avaient l’intention de nous donner toutes les tâches désagréables mais nous avons fait front tous les trois, si bien que le chef de chantier nous a fait tourner sur tous les postes à l’exception des tirs de mines réservés à des ouvriers chevronnés. En contrepartie, le chargement des camions nous était réservé !

Pendant l’été, noue étions toujours volontaires pour aller au fond de la galerie pour évacuer le gypse déjà fracturé par les tirs de mines. Il y avait deux avantages qui ne nous laissaient pas indifférents : la fraîcheur de la galerie pendant les heures chaudes de la journée et le second, plus subtil, qui correspondait à notre âge. Pendant notre jeunesse, les fêtes de village duraient du samedi au mardi, ce qui impliquait un manque de sommeil évident pendant tout l’été. Nous avions chronométré le temps que mettait le groupe des aînés pour remplir une benne tractée par un câble mu par un treuil électrique. En comptant l’aller, le chargement et le retour, la vacation durait de 12 à 15 minutes, en fonction des blocs plus ou moins gros que nous devions charger. Comme l’un de nous était plus fort que les deux autres, il assurait seul le remplissage du wagonnet, ce qui permettait aux deux autres de récupérer du temps de sommeil, puis nous changions de rôles et ceci jusqu’à notre sortie de la galerie.

Notre première aventure professionnelle a pris fin en octobre 1958. La production de plâtre avait connu des résultats peu satisfaisants. Le gypse cuisait très irrégulièrement dans ce four traditionnel (il existait pourtant des fours tournants électriques plus performants). Les clients se plaignaient de ce produit trop fantaisiste : tantôt la prise du plâtre était immédiate, tantôt le temps d’attente était très long. Si bien que les camions se sont faits de plus en plus rares.

Les trois jeunes ont fait partie du premier groupe de licenciés. Les plus âgés ont continué à travailler pendant un mois puis ont été remerciés.

Maintenant la plâtrière est abandonnée. Après deux échecs successifs, qui aura le courage ou l’audace de relever le défi pour que revive cette activité ?

Le BRGM date la cessation d’activité de 1959.

Benoît Maurin

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