Les gueules noires de Joncels

La mine du Bousquet d’Orb a fait vivre la région du début du XIX°siècle jusqu’aux années 1960 qui marquent la fin de l’âge d’or du charbon. La « découverte » a pris le relais jusqu’ en 1995 date de la fermeture du bassin de Graissessac-Le Bousquet d’Orb. De nombreux hommes du village sont partis faire le dur métier de mineur : les quatre frères Azemar, Charles Maurin et son fils Gérard, Verdeil et ses deux fils, Auguste et Raymond, Georges Cauvy, Robert Courtès… et quelques autres, se sont retrouvés piqueurs, manœuvres, boutefeux, mécaniciens… au fond de la mine. Ils remontaient couverts de crasse et de poussière noire.

Au début, il n’y avait pas de douche sur place. Leur femme ou leur mère les attendaient à la maison devant un baquet d’eau chaude pour les aider à devenir présentables.

Il fallait d’abord remonter du Bousquet (8km) après la journée de travail. Quelques uns ont toujours fait le trajet à vélo, par tous les temps, de jour comme de nuit, suivant leur poste de travail. Puis, enfin, quel progrès notable ! Ils ont pu prendre leur douche en commun sur leur lieu de travail en passant par la « salle des pendus » où ils suspendaient leurs vêtements.

Plus le métier est dur, plus la solidarité joue son rôle et ont dû affronter les grandes grèves de 1945 et 1948, longues et dures pour les familles et passer par des collectes de solidarité pour survivre.

A Joncels, presque tous étaient des mineurs-paysans. Une petite vigne d’où l’on sortait une bonne piquette, quelques arbres fruitiers pour les délicieuses confitures, un jardin potager permettaient d’améliorer l’ordinaire. Là, les femmes de mineur ont fait leur part de travail. La chasse (les lapins pullulaient dans nos garrigues), la pêche, (les truites, les écrevisses du Graveson), les champignons de nos bois de châtaigniers permettaient à ces dames de montrer leurs talents de cuisinière.

Ils ont bravé les dangers, coup de grisou, risques d’effondrement, inondations, silicose provoquée par cette poussière de charbon qui leur obstruait les poumons. Au fond de la mine il fallait bien protéger son repas dans « la saquette », car les rats étaient nombreux. Mon père nous racontait qu’une de ces sales bêtes était rentrée par une jambe de son pantalon et ressortie par l’autre. Figé pour ne pas se faire mordre, il a amusé ses camarades qui en ont longtemps ri car il ne portait pas de slip.

Ils savaient faire la fête ! Chaque année, la Sainte Barbe patronne des mineurs était fêtée le 4 décembre, en grande pompe. Le Bousquet d’Orb était un village très vivant, ses commerces étaient prospères.

On les reconnaissait, les mineurs dans la rue avec leurs yeux maquillés de noir ! Nous, leurs enfants, nous sommes reconnaissants et fiers de leur courage.

Une fille de mineur : R.D

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